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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Le Bazar de l'Equivoque

C’est dans ces marécages-là que je t’enterre, et c’est là que tu me souris enfin. Enterrée jusqu’aux oreilles, le souffle court, le rictus badin, tu me fais face. Fer blanc qui rythme le tumulte pesant des heures gourdes d’où ne s’échappe qu’un entrefilet de pourriture indéfrisable. Dans la rythmique des secondes il y a comme une perche tendue, portée à bout de bras par l’Homme d’Hier qui s’évertue en vain à attraper le fameux panier de victuailles tandis que ses congénères creusent un puits d’abîme au-dessous de lui, pour ressembler du bout des ongles à la sainte trinité des boit-sans-soif. Appliquer sa quadrature intime au squelette frigorifié de la réalité demande bien des sacrifices et bien des errances à tout bout de champ, voire bout de fusil, bout de ficelle. Corde de pendu, champ d’albâtre entre ses seins où le parfum doucereux de l’appel ruisselle et rompt le pacte des étoiles avec le bêlement sanguinolent du nourrisson fraîchement éclos, il le sait, lui, en Enfer.

Étincelle de pouvoir lorsque tel ostrogoth se lie d’amitié avec la lie du vin, et s’épouvante, et s’époumone, déglingué dans l’affaire tenue secrète d’une vieille photographie jaunie de ses aïeux. Perte indiscutable qui vire à l’ocre quand le paradis familial ne se lit plus que dans les auréoles de pisse d’un matelas sans aucun ressort autre que les nuances de la surdité. On ne peut espérer que ce que l’on ne peut étreindre. Tout vécu comporte en décalque la négation de tout acte véritable, car l’acte ultime en ce cul de basse-fosse est bel et bien de DORMIR, plus ou moins chahuté par les songes, les besoins, les envies, les manques, les regrets, les hontes, et cette satanée terreur de l’avenir qui vient lubrifier toute cette mécanique indéfinie qui tend à perte vers le « Rien », voire le « N’importe quoi », et qui s’essouffle dans un spasme inconsidéré car non incriminé dans les journaux de l’aube.

Ricocher sur les entrelacements des amants croisés de fil de pêche, pêche juteuse qui devient péché entre mes lèvres, lorsque écartant l’insaisissable osmose, on plante un cran, un croc d’arrêt, regard en biais pour s’assurer qu’elle halète, et qu’on boit l’alcool inséminé par infusion sous le baiser taquin d’une fillette appartenant à une autre vie. Piteux bourdon qui ne décollera jamais que dans son foie d’agneau, ahanant des spectres qui le surplombent et portent avec une inextinguible pitié les masques mortuaires des tribus eskimos tragiquement glaciales. L’engourdissement lucide qui provient de l’Infrazone est-il une fin en soi ?

L’abnégation des spectres et autres fumerolles qui mordent dans ta nuque la satiété des mauvais tireurs, des gras du bide, des cheveux rares, de la sueur rance qui macule jusqu’à l’oreiller qui ponctue la nuit de froissures et autres imbroglios nocturnes, la couette qui devrait recouvrir les tempes de cette fille et qui ne se fait pourtant que simple linceul lorsque la mort t’apparaît vivace, décontractée de lames effilées, marée sanguine qui ne s’en va faire son tour qu’une fois la balance de l’âme empesée de viscères.

Je ne ressens du monde que la structure dictatoriale, LES LIMITES, toujours plus avilissantes, dégradées sur mon front lorsque j’apparais bancal et qu’on me susurre par moue interposée que je ferais bien d’aller m’enterrer dans l’arctique steppe d’une quelconque vallée de glaciers vierges. Gérer la froidure au jour le jour est une bien piètre occupation. Les pays chauds ne calculent pas leur chance. Errer en sueur, au 21ème siècle, pour chercher à s’avilir davantage et regretter par-dessus tout ces baisers restreints qu’on n’a pas donnés, ces caresses discrètes qui sont mortes en nos doigts malhabiles, ces pitoyables planctons qui poussent à rebours contre un parpaing qui s’abroge loi de toute une peuplade d’indigènes gazophiles, qu’est donc la teneur véritable de tout cela ?

Le compte à rebours de mon Lupanar virtuel n’en finit pas de me trépaner, et j’envisage comme pur repos de mourir en m’endormant, triomphant de la pantomime terrestre qui bourlingue dans l’absolu et ravale ses miettes aussitôt l’orage passé. Pauvre contrée sinistrée que mon âme hallucinée ! Pauvre dégingandage incertain qui allume les lampadaires orangés le long du trajet nocturne que j’arpente en connaisseur, fouaillant dans la glaise pour y retrouver les statuettes d’un devenir X mais luxuriant de folie maniérée. Je suis luxueux jusque dans mes outrances, prégnant jusque dans mes exactions, exact jusque dans mes remontrances.

Lorsque, ébauchant un plan te concernant, je m’en vais tempêter contre des glacis de négation, c’est toi que je vois, inerte, gisant dans un interstice fait de ma stature future, froide statuette que je ne peux plus sculpter car trop étroite du vécu, trop indigeste de la douleur, trop évanescente parmi les astres et autres bontés sacrées qui ne font plus rêver que les archevêques et autres croyants aveuglés par leur aube et leurs chapelets clinquants comme à la foire. La religion est une perte dans l’autre. Mais l’autre est si multiple qu’on ne saurait lui reprocher quoi que ce soit, tant il est manifestement présent dans toute allure et devenir typiquement humains. La rancune n’existe plus dessous mes ailes, la haine s’étiole en amitiés, je ne sens plus du monde que ce qui est indicible, ce qui est assimilant par défaut, ce qui est fédérateur par chape grand-guignolesque. Les amitiés sont comme un papier peint gondolé, on ne peut y regarder de près sans être déçu par l’agencement malingre de chaque pan. La vision que j’ai de la communication se résume à « Penser ou ne pas penser, là est la révélation ». Je ne suis que le fil conducteur d’une étape à une autre, faisant dans le gibier, outre pleine de déperdition, vaste réceptacle à confidences embuées, sombre embarcadère vers une somptuosité inusitée et qui perd ses flammèches aussitôt le crépuscule entamé. Je ne puis me faire au monde tant ce territoire embaumé me paraît lointain et acide. Ma mue ne semble être qu’une technique d’apparat, une monstruosité de plus, une déviance d’entre les âges, un puzzle sans pièces mais pourtant sans cesse à recommencer. La haine luit sous les lustres, elle est moins visible dessous les arches des vendus de tout cœur.

On ne peut entrevoir que ce qui n’est pas, et ne sera jamais, et perdurera dedans le ventre des scissions, cette fiole acquise qui rebondit en murmures et s’étiole, la panique passée de peu, la ligne de mire achevée d’entre les étoiles, pour mieux ressembler aux images pieuses de Saint-Marc Ménage. On ne peut achever que ce qui est en court. La foudre se fait au-dedans des tombeaux, articulant le Mal comme un artisan chevronné. Va-t’en sermonner le cheminot, il t’enverra toujours ostensiblement à la case départ. Les chemins convergent vers un point central en dehors de toute opération arithmétique, de toute déclinaison latine ou grecque. Nos pas engourdis nous ramènent inlassablement au point de rupture de notre conscience, lorsqu’en vagissant dans le flot d’entrailles et de sang, nous avons posé la première pierre de notre caveau familial, domaine rutilant de l’éternité factice.

L’amour sent la naphtaline sous les bras et l’encaustique sur le front : il en faudrait peu pour que tout soit rongé par les vers. Elle hurlait à qui voulait bien l’entendre qu’elle avait perdu la tête, mais moi je la vis, oui je la vis, fichée en son visage, pendue au fil des linges malpropres qui accompagnent d’ordinaire les petits vieux dans leurs retraites morveuses et leur désespérance tenace, évocatrice en nous de peurs tribales et de pestes ravalées. La vieillesse comme point d’orgue, la descente en vrille pour toute sagesse, la chute pour toute promesse, l’amour emballé dans du papier buvard maculé de pisse et de crachats, la main veineuse sous perfusion qui cherche stupidement la télécommande, la voix qui s’érode et qui s’éteint dans l’eau de Javel et le savon bas de gamme, la salmonelle qui poisse les desserts et les sourires, la bouteille de champagne qui s’offre une deuxième mi-temps, périmée et éventée, mais est-ce réellement si important tant le placebo règne en maître sur les nuques dégarnies et l’odeur infâme de la mort désinfectée ?

Les yeux de flétan mort de ce masque creux, frisons artificiels éclaboussant les rides, rouge à lèvres au rabais pour baiser l’habitude, rictus malhabile de petite fille trahie, froufrous pitoyables jonchés de particules de néant, cul purulent s’activant pour l’huile de friture à heure fixe, phrases entonnées comme pour contrer l’ennui qui ne manque pas de faire mouche sur la dépouille titubante, journal parcouru puis aussitôt oublié pour mieux masquer la fuite du temps qui pèse comme une catapulte sur les oreilles, le foie, et le cœur, poche qui s’envenime chaque fois qu’il est question de maladie et de soins téléguidés. Et puis… la chanson qu’on entend pour la millième fois avec plaisir tant elle semble faire partie intégrante de notre déchéance, sciure venimeuse qui rajoute au tableau une pleine louche de pathos et d’idiotie primaire, carcérale.

Me dézinguant de par les azimuts je m’escrime contre la mouche qui ne manquera pas d’ensemencer mon cadavre déjà pétri d’asticots crépusculaires, courant sous mes cheveux, pointant à l’encoignure de mon devenir, le dard relevé, preste et atrocement lent, comme un appel distant à travers la brume qui s’évertuerait à complémenter le temps clair de ma gaieté enfantine. Corvée immuable que de simplement rouvrir les yeux et d’être là, ENCORE LA, piteux échalas de connivences mal ébauchées, de refus lasers dans des regards de biais, de fourberies plus ou moins avérées qui s’effilochent en parasites de cibles mal embouchées. Foireuse déception lorsque le crépitement de crécelle des dents de cette fille te fait loucher ton ombre sur le mur et toucher du vécu un horizon que tu ne pourras nommer qu’en rêve, une fois la tempête assoupie sous ton crâne.

Les barons de la digue portent aux nues le sentiment qui te pourrit les os et la moelle, et tu désespères de trouver une main, même calleuse, pour te recruter dans les rangs des véritables Enfants du Monde. On n’entend de l’assourdissement généralisé que le grondement des nuages proéminents tels des kystes sur l’oreille gangrenée de la planète. La plénitude ne se fera qu’une fois l’ondée passée, lorsque les bourgeons reluisent et semblent chanter dans les lointains jardins de l’esprit des ritournelles d’amours enflammées. Je m’escrime et je mouche de plus belle. Je perdure mais ne touche que les braises actives de ma satiété du jour, lorsque mon ventre se fait outre et que mon cerveau s’engourdit de mille semailles, toutes plus dégénérées les unes que les autres, donc forcément dignes d’intérêt pour le fossoyeur de l’âme, ma propre âme, que je suis. Les autres ne m’apparaissent plus que comme vils mannequins porteurs d’écharpes au mieux, porteurs de fusils au pire, mais dans tous les cas étrangers à mon calvaire de ravalé d’entre les présents mouvants (oui, comme les sables !).

La poésie est un langage à temps plein, utilisable dans les circonstances les plus douteuses, comme dans les situations humainement viables les plus tordues. Être poète c’est être nu devant l’avancement conjugué des saisons et les mines décrépies que l’on croise à longueur de trottoir. Conjuguer sa peine, voilà tout le devenir du poète véritable : réussir à extraire de sa poisse des pétales maculés de sang et de crachats, et s’enorgueillir de ce jeu de construction instable à longueur de clavier. Perdre à jamais pour mieux rester. S’effacer devant la brillance des enfants du crû, des gamins de la balle au bond, des fœtus préparés dans les antichambres du désespoir. Je ne sais ce que je deviens mais je sais où cela va finir. L’odeur du terreau emplit déjà mes lèvres, mes naseaux étriqués respirent l’humus de la perte d’un être qui n’avait pas forcément beaucoup de choses à dire à autrui. Le métier d’écrivain est d’une veine de laquelle je m’exclus volontairement, perdant perdu entre les lignes, entre les signes, constellé de vibrations qui me font ressembler à un typhon sourd, à une jérémiade de plus sur le pavé des vivants, et à une sécrétion à peine tactile tant je suis déconnecté du monde et de ses viles turpitudes.

Je ne prétends pas être un surhomme, plutôt un sous-homme, égaré dans la maladie comme on peut l’être dans un aéroport les jours d’affluence, bagage perdu d’avance, tentant de canaliser le besoin en envie, et le pourquoi en comment. Liste des dépravations : je ne gêne que ce qui me tend à gêner. Je n’emprunte que les chemins où la trace est encore à peine visible, continuant la valse fantomatique de mes aïeux borgnes et de mes maîtres éteints. La vieillesse est-elle l’arche de la raison ? L’âge est-il un gage de qualité, lorsque le souffle échu, l’on ne perçoit du mourant qu’un rictus qui en dit long sur la déchéance du monde et la perdition inéluctable des « chéris » qui s’agglomèrent autour des paquets béats de roses rouges et de bagues silencieuses, comprenant le oui pour le non, et le déjà fait pour ce fameux Inédit ? L’affabulation terrible qui régit la planète n’est-elle pas qu’un rêve encagé de plus, une faribole prompte à contenter les diables qui s’en vont de tous bords épancher leurs devenirs dans des vagins abscons ?

La femme est un tel temple que profaner ses lèvres ne m’apporterait que la lèpre et la syphilis.

Je ne suis qu’une étape, une débauche de l’âme humaine qui s’en va, soupesant ses exactions, prodiguer le non-sens et la panique comme règles de la Terre. Je ne suis plus qu’un souvenir. Un leurre.

Une cible si prégnante que le sentiment qui prévaut est d’abord la pitié… et ensuite la haine…

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