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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Je ne l'ai pas tuée, c'est elle qui est morte en moi...

Je ne peux éteindre en moi le feu destructeur de la moisson à venir, ce venin dantesque qui turlupine mes vicissitudes avec dans l’apprêté les sanglots du manque et la trahison majuscule que je fais à l’ordre de la vie en prostituant mon âme pour quelques témoins blafards. Je ne suis qu’un petit faiseur, le génie exige la folie et je ne suis aucunement prêt à payer ce prix tant je me sens déjà débordé par toutes les données que mon cerveau analyse en pure perte. Je ne deviens guère plus qu’un produit à vendre, une substance prohibée, non parce qu’elle est nocive mais parce qu’elle est invariablement inutile pour quiconque, et surtout pour moi.

Mes yeux se ferment chaque jour sur l’impitoyable solarité du réel la plus crue, car écrite dans le journal, et mes poings se serrent à en étouffer lorsque ma propre ingénuité le dispute à l’ennui le plus crasse. Que vont devenir mes poings une fois déliés, une fois affranchis de la rixe tant promise contre l’ombre du mur qui me dépasse, mais pourtant n’a de pieds que les miens ? Je ne saurais exprimer plus infamante détresse que celle que je pourlèche en ce moment, cet instant X où, paradant contre les poisons de mon corps, je me laisse dériver vers des contrées où le jeu n’équivaut plus qu’aux sillons faits sur le sable par les enfants que je n’aurais jamais.

Tristesse insondable de l’écho qui se répercute en vain dans mes poumons gazogènes, cancers qui me bouffent l’estomac, le pancréas, le foie, puis même la voix pour ne pouvoir répondre qu’un inéluctable « Non ! » à la vie. Je ne deviens que ce que je projette, et je projette peu et bien mal. On ne peut se pencher intimement sur mon cas qu’en faisant abstraction de ma laideur morale et de mes doutes inavoués. Je dois le sursaut qui me tient tout juste en vie à un cauchemar. Pour qui j’existe au juste ? Et pour qui surtout ne suis-je qu’un perdreau perlant d’insignifiance dans le maelström ordonné de leur « Bonne Société » ?

Je ne peux dégager que l’hormone mâle qui me pétrit les neurones et m’incite à me dépenser pour perdurer, le cuir de ma ceinture en est témoin : je ne suis qu’une encolure de plus à briser, une taille à embrasser, un piteux renoncement fait aux plaisirs de la vie. Je ne jouis de rien, hormis des subterfuges discographiques et des parades adverbiales qui me font durer de plus loin, de plus moche, de toujours plus fêlés dans le désastre astro-logique de ma naissance et dans l’éclosion de prurit de mon élocution de timide patenté.

Grève de mon cerveau et de mes abats lorsque, soudain privé d’air, je devais déblatérer mes insanités devant tout un parterre de puceaux du verbe aussi avides du sexe du voisin que de la crevaison de leurs yeux impavides. Je ne donnerai à ceux là qu’un fragment de pitié consanguine tant mes souvenirs sont douloureux et grattent la chair sans peau de mon cœur d’alors, resté invariablement, à mon grand désarroi, toujours le même. Cet instant où j’ai cru mourir pour de bon, où ma teneur si faible en principes vitaux a geint sous les caprices des excès et s’est rebellée, cette approche si fébrile et si gourde de la Mort, est une chose que nul ne peut oublier, même en passant par des stades putréfiés par des docteurs ès folies furieuses.

Je ne peux dire de moi que ce que je ne connais pas. Je cesse d’être pour rester parmi les autres et faire semblant de vivre dans un monde qui me refoule de tous ses pores. Lutter ? Oui ! Mais à quoi bon tout seul ? Il me faudrait m’entourer d’aliénés partageant mes névroses et le mal est si contagieux qu’on n’aboutirait au bout du compte qu’à une assemblée de suicidés livides et grelottants. Dans toute fête il y a le lendemain. Dans toute ivresse il y a la vomissure. Dans toute femme il y a la puanteur nauséabonde des algues mêlée des sueurs et autres parfums décrochés au mât de misaine par le marin en plein pèlerinage de sexes à échauffer. J’aimerais me perdre dans des substances si nocives que même mon subconscient n’en aurait que faire et se laisserait prendre au jeu du « Vas-y, fais-toi vomir encore plus loin ! ». La lucidité sera le mal du 21ème siècle. Les torches brûlent déjà pour les bûchers où ils agglutineront les livres… et nos rêves.

La face de la lune se tourne invariablement vers le couchant, comme pour guetter la mort sans sourciller, elle qui sait de quoi nous sommes faits et de quoi nous souffrons, de quelle glaise on nous a rabattu les oreilles à l’école, de quelle baffe on s’est mangé pour un rien, de quel amour on s’est épris pour mieux le disloquer, de quelle misère on s’envenime alors qu’il suffirait de simplement tourner la page et de passer à l’autre strophe, celle-là, plus belle, somptueuse dans sa corolle de laine à en faire peur, gainée d’adjectifs qui rabaisseraient les éditeux aux rangs de cloportes séniles et pinaillants. La peur de créer, oui, mais elle n’est pas plus authentique que celle de la peur d’aimer. Comme on peut aimer un contraste sur une photo prise à l’alambic, comme on peut s’étonner de la joie d’un enfant lorsque, passé minuit, les cadeaux affluent sous le sapin pour mieux lui inculquer la surconsommation et l’enflure dégueulasse manifeste de toute publicité sur l’être humain profond. Dégagé de ces strates boursouflées de dogmes et de faux-semblants, le gosse paraît bien nu, seul et infirme, dans ses carences comme dans ses refus, apitoyé par une planète qu’il sent s’éclipser sous ses pas, par des parents qu’il sent s’évanouir sous son étalage de fausses notes.

Alangui par des petites mômes jolies comme des sucres d’orges dans une foire où l’on ne gagne jamais que le rictus bidon et le ricanement camarade de biais. Fouines des sentiers battus, petites musaraignes si peu conscientes de votre impact sur mon échevellement de poétaillon crevé dans un quelconque caniveau, je vous envie, et je vous voue tout autant un amour que rien ne pourra jamais égaler que ma haine des hommes et de leurs pitances si pitoyables. Lucidité oui, mais totale ! Pas une miette ! Pas une saccade ! LA LUCIDITE implacable dans ce qu’elle a de plus incisif, destructeur, déstabilisant, jouant toujours hors catégorie aux championnats de la malbouffe et de l’appartement débilitant en placo-plâtre, duquel on entend les voisins s’exclamer et braire lorsque la France mène un à zéro, tandis qu’eux, les zéros, sont persuadés de ne faire qu’un…

La rage prévaut parfois, même souvent, à la raison. On s’emporte, on vocifère, et puis le vent souffle tous nos mots et l’on se retrouve tout aussi nus que si l’on n’avait rien fait de notable par rapport au tailleur de haie qui s’en va brouter son gazon avec le triple cul de sa femme en tête et le prix du vélo du gamin qui lui turlupine les bourses. Je hais toutes ces machineries benoîtes qui visent à annihiler le peu d’espoir qu’il nous reste lorsque nous avons compris que les nuages au-dessus de nous ne nous appartenaient pas mais étaient des panonceaux d’affichage pour une nouvelle marque d’assurance vie. Les débouclages de pantalons, ces culs qu’on tend pour mieux se faire entuber le savoir et le « paraître bien, et vaquer à l’aise » des gens de bonne compagnie, tout ce Circus maladif me rend patraque et alimente mes coursives en germes de désinvolture et de manque de savoir-vivre. Être, si c’est sans rien avoir et seulement obéir, à quoi bon ?

Il faut sembler être le premier de la compétition pour espérer avoir une place en seconde pour mieux écraser son adversaire à coups de talons, à fond de cale, souliers garnis de lames de rasoir, autant faire les choses bien, et l’âme tendue comme un couperet sur le fil retors de notre devenir d’exacteur professionnel. Laisser les os aux chiens et la graisse aux télévisions. Cesser de croire au superflu pour mieux se retourner vers un subtil alliage de renoncement tout bouddhiste et de hargne salvatrice. La foire aux monstres a commencé : venez voir messieurs dames « l’homme qui ne croyait plus en rien » ! Incroyable : à dix ans il ne croyait plus en Dieu ni en ses parents, à vingt, ni en l’art ni à la révolution, à trente ? Il ne croira plus en lui-même et se laissera mourir de chagrin faute d’avoir trouvé une épaule aguerrie pour le soutenir. Pourtant ce n’était pas un mauvais bougre. La preuve : il ne l’a pas tuée… c’est elle qui est morte en lui.

Maudit par essence, mauvais par consanguinité fragile, il s’est entredéchiré lui-même pour ne pas faillir à son ultime mission : devenir un avec le vent, la candeur des rais de soleil sur les joues des filles au printemps, la moiteur indomptée des élans adolescents vers l’Autre, qui paraît pourtant si lointain qu’on se taillade les cuisses à coups de ciseaux pour mieux ressembler à Jésus, suant sa poisse et sa hargne dans les bras d’une Marie qui ne fut même pas sa mère (elle est morte en fausse-couche trois ans après, mais ne le répétez à personne, c’est ès-Templier secret-défense !).

Les indomptables cataclysmes du présent qui vont se faner l’encolure à la bure des adolescentes, yeux rivés au flipper, ou pire, au billard, lorsque leurs « chéris » ont mis leurs queues et leurs boules dans le trou et que tout est prétexte à faire la fête alors que rien ne va plus dessous les jupes. Je croyais pouvoir espérer un brusque revirement de foi dans la jeunesse, mais tous ces portraits similaires aux standards cathodiques me semblent si interchangeables que je doute de ma piété en l’être humain dans ce qu’il peut avoir de génial dans l’inconstance. Les pairs vont avec leurs paires, c’est aussi simple que cela. La peur de la différence devient une gageure fertile en coups de semonces lorsqu’on croise, au bas d’une rue, un portrait avachi qui s’en va dégueuler sa haine et son quiproquo existentiel dans les nuances du trottoir. Que penser de tel ou tel marsouin lorsqu’il s’en va écluser un sombre rade pour écumer sa peine et assécher sa soif inopinée de connaissances nocturnes ? Le sombre éclat du diamant d’or devient alors une portée musicale sous les ongles d’un Prométhée à peine éclot qui va s’endiguer de perdition vers des putes ou des poivrots trop enocturnés.

On ne saurait dire, à minuit passé, quelle détresse est la plus prégnante, tant le maelström de tous ces devenirs est vertigineux. Ils se rencontrent en états seconds, s’adressent des accolades invisibles, se font les poches, puis s’en vont dégobiller leur trop plein de billets dans les margelles clinquantes des bars de nuit. Amitiés nocturnes, comme vos lames sont effilées dedans vos poches ! Cette petite gosse, purement imaginaire, qui traverse ma nuit pour mieux se repaître de mon impuissance chimique et de ma maladresse chronique à engager toute conversation intelligible pour autrui, cette gosse me hante, et n’en finit pas de défaire, de déferler serais-je tenté de dire, ses seins aux pointes drues, vierges de toute mâchoire, satinées d’une espèce de velours propre aux sarcophages, galbés comme des pommes si acides… et qui vous filent une diarrhée sanguine proprement hallucinante.

Que ne donnerais-je pour inviter dans mon sinistre habitacle une petite mijaurée qui se foutrait de la gueule de mes bouquins insidieusement entassés comme si je les avais tous lus, de tous mes films non vus, de tous mes disques non écoutés, de toutes mes pensées non élucidées, de tous mes drames non édulcorés, de tous mes fantasmes non énoncés, par peur de fauter, de causer LE TROUBLE, et de rester une fois de plus sur la touche, pantin perdant vers un ailleurs qui s’ébauche seul, sans aide et sans remords, vers une aube pointilleuse qui se refait une gueule de parade une fois le sanglot séché. La morve est aussi un langage à temps plein, on ne saurait lui reprocher sa hardiesse et sa mélancolie latente tant elle est porteuse de désespoir et de déconvenues.

Lorsque je pleure, je ressens une lame incandescente qui me transperce de part en part, du haut des épaules au bas-ventre, et je me tords, je me convulse, bouche grande ouverte pour ne pas suffoquer, affalé par terre ou sur un sofa quelconque, tordu, molesté, roué de coups par le malaise, la perte, le refus qui m’est fait de toute compromission, avachi, penaud, haletant, attendant la prochaine secousse, le prochain rebond, la prochaine guigne, grelottant de mal-être, ragaillardi pourtant par le refus que je décline à tous les temps, pantomime graisseuse, marionnette tressautante sous les coups du hasard qui lui NE SE TROMPE JAMAIS. Alors j’abomine ma race, ceux qui m’ont fait, les coups du sort, le statu quo de mon inexistence, le pourquoi de tant de faiblesses incarnées dans si peu de chairs, la volonté abrupte de s’extraire du présent pour ne plus avoir à réfléchir, tout simplement penser à ce que l’on devient, au lieu de ce qu’on aurait pu devenir.

Flancs de falaises vers des carcasses de voitures, avec ou sans cadavres à bord, de toute façon qui ne meurt pas sur la route, de nos jours ? Et cette pitance creuse de la pauvre Jeanne d’Arc, sombre opératrice d’Orléans, tandis qu’elle égrène ses lunettes bleues dans les nuits parisiennes aux anus circonspects… Je ne saurais dire ce qui me répugne le plus : le fait d’être en vie ou le fait de vivre ça. La connerie est devenue une telle valeur marchande, voire attractive ! Je m’octroie l’infâme (car irrespectueux) luxe envers mes géniteurs de me soustraire à cette masse grouillante surnommée « ma planète » pour abonder vers des directions plus mûres, autrement plus néfastes… mais au moins dignes d’intérêt.

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