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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
A l'Inconnue

Tu me consumes à petit bois.

Ils crèvent les yeux du canari pour qu’il chante plus joli,

Plus longtemps, plus fort et plus tendre...

Plus vivant, en somme.

Le ballet du vautour au-dessus de mon jeu,

Petite ronde sans pieds qui rabote les angles et ravive l’orage

de ténèbres promises.

Je t’ai vue, ce jour-là.

Vue comme on voit le vent qui caresse les oiseaux,

Les plumes du printemps devenant ton trousseau,

Et ta pâleur tranquille, et ta voix, ton regard,

Posés sur un moi qui n’est plus moi, qui ment et qui détale

Dans des flacons policés, syllabes à fond de cale.

Et mon poing qui s’abat sur le ciment sali

pour fracasser ton image imaginée qui me tue,

Qui me consume, qui me fait danser ma ronde à petit feu, à petits pas.

Je te tuerai, tu me tueras,

Nous-nous tairons dans le vent gras,

Nous-nous terrerons dans nos images...

Et nous ne serons jamais là.

Tu me tues... donc je t’aime,

Esclave désenclavée qui insuffle à ma nuit des traînées de chandelle,

Ces volutes frivoles qui éclatent au plafond,

Quand, dans le plâtre blanc j’invente notre passion,

Ce bouclier de vent que chante l’oiseau meurtri.

Je te fais et te défais comme une fête itinérante pour pas émoussés

Qui tracent sur les carreaux des spirales impossibles.

Et voilà que ricane le grand chambardement.

Dans la fosse crasseuse, je conspire une retraite.

Je te hais, paresseuse, exquise trouble-fête.

Je ne prendrai de toi que ce qui ne meurt pas.

Autant dire que je ne regarderai jamais tes yeux laiteux,

Tout comme tes joues de sel,

Et ta posture édulcorée de vraie statue, vive et debout.

Quand je t'appelle, c’est l’appel du dix-huit juin,

L’appel à la vie retrouvée, qui rebondit d’antichambres.

La lune. Ma complice, mon enfant pâle, tu es la Lune.

Je suis ce soleil sale qui se consume de sa disproportion

Et qui lance ses flambeaux comme autant de messages

Pour oublier qu’entre la lune et lui-même

Il se trouve une Terre que rien ne pourra jamais combler.

Tu vois, je t’encense, je te vénère, je t’idolâtre

Comme cette statue de plâtre que je devine dans le flou du sel.

Ses yeux sont éteints, ses joues creuses se rejoignent en une moue fatiguée,

Et je l’entends murmurer dans toutes les dimensions du silence :

« Pars ! Je ne veux plus te voir ! »

Oui, moi non plus je ne veux plus me voir. Comme je te comprends.

Un canari aveugle qui chante dans les jardins de sa tête une rengaine usée,

Rapiécée malhonnête.

Nous sommes aussi proches que l’on peut l’être.

Nous sommes autant maîtres qu’esclaves.

Nous sommes deux à jamais.

Tu es perdue, je suis candide,

Tu es livide, je suis fendu.

Ne me regarde pas, je n’existe plus.

Laisse-moi te contempler, toi qui n’existe pas.

Tu me consumes à petits pas, à petite ronde mesurée

dans les tracés de poison gras.

J’ai vu ton front se dégager de la couronne de lumière

Et bâtir dans cet enfer un asile défenestré.

Je me suis claquemuré dans cette vue céleste,

C’est elle qui me meut et qui grave ces lettres.

C’est elle qui te parle par les lèvres d’un mort.

C'est elle qui gémit son bras tranché

Et son menton gauchi qui suinte sur les miroirs.

C’est elle qui se tombe, qui s’affale

dans des ensorcellements mâtinés de dérisoire

Où la ronde des chiens qui se mordent la queue

se répand en purin d’horizon frauduleux.

Je présuppose ta vie à toute vie,

Je te bombarde caporal à mirettes et mirage à pommettes.

Hurluberlu sans foi ni toi, collection échancrée d’échasses tire-bouses,

Je me défie le temps d’un spasme de t’aimer,

D’oser brailler dans les tontes rectangulées que un + un = un + mille,

Et que les champs du pire sont des greniers séniles.

Si toutefois tu n’existes pas, je te retrouverai dans l’ailleurs.

Un jour ou l’autre.

Demain

Peut-être...

Dans le silence des rues pommelées,

Tu accapares mon ventre gris,

Et tu talonnes ma débandade

De tes silences malappris.

Sans toi, je ne suis plus.

Sans toi, je ne respire pas.

Le crabe se crée des bulles,

Dans des chagrins contrits.

Et je veux t’oublier pour le reste des temps.

Et je veux t’enterrer sous la chape du mensonge.

Et je veux t’adorer, devenir cet enfant

Qui pousse sous ma peau, et m’abat, et me ronge.

Et je veux te bercer,

Jusqu’à rompre ma longe,

Que tu tends sans savoir,

Loin, derrière ce regard...

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