Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec
13 Novembre 2017
ZUPA-FLIKOS-X, exo-policier génétiquement démultiplié par EXhaust-SYStems et hyperboosté au carbonyle. Médaillé 1278 fois par le Haut-conseil de la Police Internationale.
« Zupa-Flikos-X se tenait perclus et reclus dans sa cellule de tungstène, au fin-fond des laboratoires de la firme EXSYS. Raclu des gens qu’il avait exterminés, flapi des aberrations qu’il avait commises dans son propre code de l’honneur modifié. On l’avait humainement désincarné, reconditionné, transformé… trahi, finalement. Tout ce qui faisait son être propre et rendait sa conscience unique gisait maintenant à vif au fond d’une décharge sanguinolente des bas quartiers. Il gratta le X qui marquait son visage blindé et se cura les crocs, haineux. Un brasier ! Son passé était un brasier de carbonyle, somme toute une prison par le vide. Il fallait s’échapper. Bénis étaient les temps où il était un policier galopinant et trucidant, curieux de tout, avide de tous ses sens. Mais la vie l’avait rattrapé, faisant de lui la pire raclure de toute la planète. Flikos il était, Flikos intègre il n’était pas resté. Et sous le X gravé sur son visage, le puzzle de son inexistence mugissait comme un préhisto-rhinocéros en rut.
La cellule s’illumina dans un son de métal. Les thubs entrèrent avec deux gardes armés. Tous avaient des masques pour éviter la contagion. Comme si ses neurones défectueux et son disque dur interne bourré de virus étaient transmissibles par voie spatiale. Alpha-thub, le plus grand, ausculta du regard le patient surarmé. Les gardes marmonnaient sous les masques et leurs gants renforcés cliquetaient sur le métal des lassos au plutonium. L’autre thub entra des données dans son lecteur digital, lança un regard à son confrère et fit un signe brusque de la main. Ils sortirent sans même regarder le prisonnier dont une larme de sang venait de s’écraser sur le tungstène. La porte glissa et se pressurisa. Sous pression, invariablement. Tout était désormais Speed & Joy et sous pression, en ces temps et en ces lieux…
Le X démangeait le captif. Une tempête était en train de rompre l’ultime barrage. Il n’était pas « Zupa-X » pour rien, après tout ! Une force et une énergie immémoriales l’enveloppèrent dans une danse de mort. Sa vue prenait la couleur du proto-sang non boosté, c’est à dire carmin profond. Ce qu’il avait d’abord pris pour une larme était en fait le début de l’effondrement du barrage. La veine du non-contrôle avait cédé. Il débloqua son imposante carcasse et tendit les bras vers le plafond. V comme Victoire et V comme Vengeance & Violence ultimes. Son corps fourmillait d’une joie tactile démultipliée. Tous ses sens lui revenaient décuplés à l’infini. Il recouvrait sa liberté de l’intérieur. Une fois l’ultime barrage défoncé, plus rien ne pourrait arrêter sa soif de Mater Destrukzion. Il avait sacrifiée sa raison pour retomber dans l’instinct primal, la barbarie originelle, loin des cités de verre et de l’atrophie physiologique de ses contemporains. Redevenu pur instinct bestial, plus rien ni personne ne pouvait l’empêcher de nuire. Il souffla la porte d’un savant coup de genou et bondit par la première baie vitrée qu’il aperçut. La ville, et de suite le monde, allaient connaître le prix du non-respect des conventions et des individus, lui hurla la parcelle restée terrestrement saine de son cerveau 7.0. Puis elle mourut en sifflant telle du carbonyle en fusion, alors qu’il chutait dans le vide criard des néons… ».
Extrait de la biographie censurée puis autodafée « Zupa-Flikos-X, entre excellence et rébellion » de Sohar Ben Gherras.
