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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Quand...

Quand tu me prenais par la main, dans la rue, on aurait cru un oisillon se réfugiant dans la charpie.

Quand tu me renvoyais un rire cynique, ça frisottait ma perfidie.

Quand tu me rejetais, les soirs où la lune aurait éclairé même les brancards, tu te foutais de moi avec l’aplomb du chasseur qui rengaine son couteau lorsque le sang fumant du petit matin laisse des douilles sous les bouleaux.

Quand tu ressemblais à l’avenir, tu avais une méchante cicatrice en forme de faux qui te barrait le visage mais laissait l’éclat de tes dents, souvent rongées par l’ironie, faire son sketch le long de mon épine dorsale.

Quand notre histoire virait trop à celles des autres, tu m’extirpais de notre torpeur pour me jeter mes chaussettes trop sales de toi à la figure.

Quand notre fantasque basse besogne se déstructurait dans tes remparts, tu laissais toujours à l’ennemi anglais une capote perlant sur la douve.

Quand tu me trucidais de nuitées sans toi et que je ne pouvais raviver que l’ombre de ton panache turbulent laissée sur mon balcon, j’aurais aimé être un corbeau pour sonner les vêpres des bambins, et m’essuyer dans leurs langes, simplement pour leur apprendre l’Ennui et le Soubresaut.

Quand tu riais de mes bons mots et que je décryptais tes silences, ces longs chuchotis dépareillés sans voyelles, ils ne prenaient un sens que dans le dictionnaire de ta patrie, sans leurs bombes et sans leurs ébats.

Quand tu rivalisais avec le sommeil et que tu modifiais le mien, triste à crever, éclat de mazout sur diamant brut, je croyais avoir rêvé une fois de plus... seulement il y avait ton mot sur le bureau : "Mais où vas-tu chercher tout ça ?".

Quand tu te fondais dans le trottoir, plus orangée dans ta tête que la bancale réalité des néons, j’aurais voulu t’attraper et te serrer, comme on serre contre sa poitrine son chat fraîchement écrasé, et qu’on comprend que c’est bel et bien foutu les cabrioles et les ronronnements benêts au coin du feu.

Quand tu me mettais face à face avec mon mal de vivre, je comprends seulement aujourd’hui que c'était pour obtenir une réponse et non une question. Mais l’excès de miroir tue le reflet. Appareillons nos gages.

Quand tu mangeais au restaurant et que seuls les faucons auraient pu nous dépareiller, c’était comme si tu m’avalais et que je goûtais la framboisine de tes entrailles.

Quand tu pignolais mes fausses audaces, que tu t’affalais, que ce fusse à vingt-deux ou à cinq heures, tu avais toujours la négation rivée sur tes lèvres moirées d’opium, et le sac-chiffon-fourre-tout qui me renvoyait à mon étagère chamarrée de fric aux lasers mortifères.

Quand j’étais toi, tu ne pouvais devenir moi sans avoir la notice tant les pièces sont disparates et difficiles à assembler... mais tu savais que tu pouvais le faire, et cela te suffisait... seuls les « artistes » crèvent de trop de mystères, hein ?

Quand tu avais les champignons douteux et l’alarme facile, que ton oeil frondeur lançait des gerbilles, tu ne savais plus s’il fallait me jeter l’os... ou à bas de l’escalier...

Aujourd’hui, je suis toujours le même. Intransigeant, faussement versatile et érudit, un parpaing dans la tronche et l’autre, fêlé, qui bat la charade de mon inexistence. Mauvaise pioche. J’ai hâte d’en découdre avec les vers. Je ne suis pas fini. Pas accompli, mais qui peut bien prétendre l’être avant sa Mort ? Les autres ? Des vermifugés gobe-couleuvres, potaches aigris au mieux, masse de liasses à poinçonner au pire.

Quand tu étais ce papillon sans ailes, renfermé en lui, en nage, ange départi sous d’autres hostiles contrées, la morve aphone et le béguin sec, et que je m’immolais et me débilitais pour le débarquement affreux des chambranles de la mastication... que tu étais belle, mon Amour, dans cette resucée d’ascenseur et que j’espérais en te pleurant sur l’épaule changer ton visage de momie insalubre !

Mais tes banderilles étaient consacrées, tes perfidies ensemencées, tes joies et tes peines à peine noyées sous la coupole du désir... et la crasse des enfants qui n’ont pour jouets que leur misère et les sentiers diaphanes de leurs harnais. Dans nos pays civilisés, on apprend aux tout-petits à "attaquer l'ennemi" avant de savoir distinguer un brin de paille d’une gueule-de-loup dans les futaies. La morille de la Croix-Chevalier est devenue un bloc de béton, ultime chiure de bulldozer...

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