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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
Morning Sickness

J'ai rêvé que je portais un singe sur mon dos et que je l'emmenais voir les portes de Paris. Un chimpanzé tendre comme l'enfance, expressif comme je ne pourrais plus l'être. Mes amis avaient déjà des enfants. Ils écoutaient des succès des folles années passées, démodés, atonaux, et brûlaient de l'encens à la ronde. Mes amis étaient vieux et moi j'avais mon singe... et un ticket dépassé pour ma vieille province.

Ce singe avait déjà mon visage.

A l'hôpital, sur les couchettes, on se prélasse devant des films d'horreur sanglants et on commente l'action avec des éclairs dans la pupille. C'est une « excellente thérapie » paraît-il. Jusqu'à la nausée... Et puis toutes ces solitudes finissent par s'annuler, alors qui perd gagne...

Mon singe s'est vite lassé.

Plus tard, au bord de la mer, nous sommes allés voir les « Faiseurs de gris », de vieux estropiés nauséabonds aux membres confits de pus, qui barbouillaient le sol de leurs taudis à l'aide de pinceaux huileux. Nous n'avons pas aimé. Une gamine du canton a hurlé qu'elle avait ses règles en pleine rue, les enfants se sont esclaffés. Mon singe et moi n'avons pas ri, peut-être parce que lui avait déjà compris que j'allais le trahir un jour.

Mon psychiatre n'a pas aimé. Il a demandé à ma mère de s'asseoir dans le fauteuil devant la télévision et m'a prié de commenter les images du journal. Je me suis tu en prétextant que je ne voyais pas bien. Et où diable était mon singe ? Dehors avec les fous et les malheureux ? Et que diable voulait ce « Docteur J'abuse » ? Me soumettre à la réalité ?

La réalité, je ne la connais que trop bien. C'est ici et maintenant.

Et puis mon singe était dehors.

Parfois les petites filles font des bulles de nacre sous l'eau en se débattant avec leurs démons. Les chiennes pendouillées à l'envi le long des autoroutes révisent l'opinion. Les gaines de la baise jonchent les différentes portions de territoires, les voyous graisseux et matois te ricochent du regard et t'explosent à bout-portant. C'est « leur » monde. Le seul qui existera, désormais.

J'ai de la fièvre, c'est manifeste. Qui a dit de ne pas écrire quand on a de la fièvre ? Personne ne me contredira... puisque personne n'écoute, ni ne lit plus !

Je me revois avec mon singe cramponné à mon dos, en train d'arpenter les rues de la petite ville de Bretagne. Un feuilleton quotidien y est tourné, le même depuis vingt ans. Il débute toujours par le même plan : la mère pose la soupière au centre de la table et crie : « C'est prêt ! ». La mère est la même depuis vingt ans, elle change, se racornit, mais la photo aux teintes passées derrière la soupière, elle, ne changera pas...

Mon singe s'en fout. Mon singe est branque. Il est parti faire mille conneries. Moi je tourne un sketch comique avec un pauvre acteur de seconde zone. Il s'évertue à être drôle et sue sang et eau devant la caméra. J'ai pitié de lui, j'aimerai l'aider, mais c'est lui l'acteur.

Une mouette taquine lâche du guano par trois fois à proximité. Elle nous en veut ou quoi ? Une perruque de cheveux longs, un blouson, et un sac gisent dans l'herbe devant le garage. Le père de l'acteur le prend à parti en le traitant de « pouffiasse ». Il a beau protester, les preuves sont accablantes : il se déguise la nuit en femme. Un acteur travesti, OK... mais qui ne l'est pas, de nos jours ? Navré pour lui, je pars pour d'autres aventures...

Un halo bleu jaloux, voisin de mandragore

Une épitaphe dessous pour trahir le remords

Un tronc décapité, cheval de bataille

Une nappe azurée défaillante et banale

Des sous tintent à tue-tête dans les bourses assassines

Des camaïeux de fous pour les femelles bovines

Un fronton de Folie pour le pain des vivants

Une cloche déliée pour les Enfants du Temps

C'est la Nuit de papier qui se mouche et qui fuit

Ces stridences emmêlées de longs solos d'Ennuis...

Dans l'Amour, comme jamais, tu te perds de vue pour mieux voir ton singe se dandiner devant toi...

Tu seras ça, alors. Ton singe ? A jamais ?

MAIS TU ES DÉJÀ CA DEPUIS LE DÉBUT, PAUVRE REBUT !!!

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