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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
Mère Souffrance (1997)

Dans toute Haine, il y a ce souffle, cette respiration étonnante et indescriptible qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs. Une brise suffocante chargée de torsions scandées, de vides criés, d'implosions hurlées, qui déclenchent une avalanche de détonations sensorielles. Des décharges d'électricité rouge, sèche et crue, reliées à une aiguille privée de tout relief vissée dans le nœud de la boîte crânienne.

Mais ce souffle peut s'apprivoiser. C'est écrit dans les vieux tomes. La respiration de la Haine se domestique par la connaissance de soi et des autres. On peut alors brider cette furie avant qu'elle ne tire toute la chair à elle dans sa valse sans tête.

Où est le charme de la Haine, alors ? Peut-être tout simplement dans cette étrange et subite impression d'exister quand on pleure de Haine, qu'on gueule sa Haine, qu'on sacrifie ses nuages bleus pour se dépêtrer gaillardement dans la vase couleur brouillon.

La Haine, c'est un bonbon-trappe. Une dragée qui ronge, brûle, et entonne en canon ses comptines de plus rien. Un plein de poisse édulcorée par une illusion de puissance. Bourrer de coups n'importe quoi, mais taper, cogner de l'existant.

Éclater des gueules de petits travailleurs normaux dans leurs bagnoles normales avec une branche d'arbre tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Voir défiler la route dans une brume de sueur fiévreuse, et crocher son regard comme un hameçon meurtrier à tout ce qui a le malheur de vivoter dans la ligne de mire.

Serrer les poings à s'en faire péter les jointures. Crisser des pieds à en craqueler ses semelles. Bouillonner à en éclater de putréfaction. Mais toujours... respirer...

BIEN RESPIRER SA HAINE...

Ô, Notre Mère Souffrance qui venez sans doute des cieux, que votre Nom soit molesté. Quand vous léchez les stores en empoignant à pleines mains mon estomac en fuite, quand vous grattez avec une fébrilité de vierge exquise le petit bout d'envie jusqu'à le rendre écarlate et brûlant comme une fuite pisseuse de réalité, votre règne parvient à sa triste et délicate maturité.

Votre simple nom : « Graisse Poison », vous infiltre dans les têtes de ciment au plus profond desquelles vous ricanez à pleine bouche, à pleines dents, mordant avec une impatience gourmande leurs contours indécis, les bouffant de toute votre essence de silhouette bipède autoproclamée, de toute votre entièreté de force de frappe négationniste.

Vous jetez à la criée des barriques de muscade lestées de momies, enlisant sans répit les gosses dans les déjections de leurs vieux morts, crachant ingénument sur les chères petites têtes décolorées de faim d'avenir et de brisures solos. Vous me cornez, m'emboutonnez, me froissez, m'inversez, me faites rugir comme un hérisson gonflé à l'hélium dans ma pénombre et ma torpeur, ma grande traîne de noir qui me suit, me poursuit, qui m'abat par contrat, en me plaquant aux routes comme un corbeau dépouillé, dévoré de pestes enfantines, de bubons d'amours écorchés, de fuites dans les chênaies, de rien, de personne, de n'être plus personne, de dépérissement dans la dé-personnalité, de vaine guerre sainte intestine.

Une étoile creuse qui renie son firmament de misère en embrasant des sourcils tout ce qui passe dans sa lunette, tout ce qui ressemble de près ou de loin à un singe incendiable, tous ces agissements de machines vidées de leurs batteries, ces croupes de merlan frais qui puent le thon grimé, ces filles indiennes qui trébuchent sur la même virgule, celle-là, la première et la dernière d'une immense série de crépuscules alignés à la mode des menhirs et plantés dans les crânes offerts, raclant les belles pensées neurasthéniques et embourgeoisées, de prime abord si raisonnables pourtant, dans leur écrin de confusion de jeunesse. Vous êtes une Mère pour moi. Je suis un mou pour vous. Un mou plantable et recyclable à foison, n'est-ce pas ?

C'est donc toi, la vraie vie ? C'est ça qu'ils défendent alors? C'est pour ça qu'ils se battent, se massacrent à longueur de décadences ? Qu'est-ce que tu dois pétiller dans ta grotte ! Tu dois consteller les parois de tes si odieusement sublimes ricanements éclatés. Ma vieille meneuse de revue au parfum, ma grande goinfre insatiable, dans le fond tu es drôle aussi, à ta manière. Les bonnes manières des bonnes femmes du ciel. Tous ces vagins-cosmos qui défient crânement les petites orbites cousues des hommes péri-stoïques. Pré-hystériques, plutôt. Quand vous-vous tapez dans le dos entre farceuses, les failles de la mer Baltique se gondolent de pouffade à l'unisson.

Mais vous ne m'aurez pas, vous savez...

Vous ne m'aurez jamais...

Tu ne m'auras pas...

Jamais !

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