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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
La Nuit

Cette nuit qui n’est plus la nôtre,

Je la regarde crisser au loin.

Je la devine qui se dissipe,

Comme un cancre rivé au fond

De nos pauvres hublots sans classe.

De nos yeux de supermarché.

Elle s’en bat, la nuit, elle s’en moque,

Elle est tannée de cuir de lune.

Sa braise est la meilleure marché,

C’est la cendre du « Ne reviens pas ! »

Dans son corsage délavé,

La nuit nous pond des gueules de rats

Qui redemandent, encore une fois,

A entendre son petit couplet.

La nuit, c’est moi, c’est moi sans Toi,

C’est la Fleur de rien du tout.

C’est ce pétale de néant,

Qui fait la grimace à nos cous.

Une camarade de passage

Qui nous injecte sa semence,

Cette lie faite de nos songes

Cristallisés en renaissance.

La nuit n’est pas un bouclier,

Juste un couvercle de papier gris

Qui enterre les doigts de la pluie

De son manteau d’étoiles en kit.

Et pourtant je l’aime toujours.

Pourtant, c’est fou, je l’aime encore.

Cette nuit qui n’est à personne,

C’est une mèche de liberté

Qui s’immisce entre les pâtés,

Et qui martèle de son poing mat

L’estomac des clowns acrobates

Que nous sommes en réalité.

C’est une ration de pain perlé,

Notre quignon de paradis,

Qui sème des miettes au fond des lits,

Et qui taraude les oreillers.

Et notre cœur et notre sang.

Et l’enfant de modeste rang.

Ce gamin qui, ingénument,

Rafle un petit somme en été.

La nuit, tous les chats sont debout,

Il suffit de tendre les cils.

Ils se répandent sur les murs,

En te jetant : « Crève, imbécile ! »

Ils ont compris que Rien c’est Tout,

Et que la nuit fait son ragoût

Avec le passé des passants,

Ces cadavres abracadabrants,

Qui se soulèvent à pleine poussière,

Qui tâtent de loin leur misère,

Quand elle n’a pas mis ses gants blancs.

Les pauvres, ils dormiront demain.

Ce sont eux qui fabriquent le temps.

Un temps enrichi en dessert.

Quand elle veut bouffer du malheur,

Elle s’affûte le doigt pour trancher

Les neurones tout en longueur.

Il ne restera rien debout.

L’amour croupit dans les rigoles.

Regarde-la, cette pauvre essence,

Qui se bousille comme une enfance

Qui rougirait au bord des lèvres

D’un saule humide... mais pas pleureur.

Pourtant, il faut aimer la nuit,

C’est notre amie du fond des temps.

Elle oublie qui sont les perdants.

C’est mieux que rien. Est-ce mieux que tout ?

Allez, viens.

Après tout :

La nuit... est Partout.

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