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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
La Muraille Interne

L'idée bouillonne et gronde. Elle a besoin de sortir, d'aller vers l'Autre, à la fois abhorré et adoré. Elle s'élance, immaculée, instantanément pure. Aussitôt, elle est arrêtée par une muraille gigantesque qui semble infranchissable. Dans un effort terrible, elle parvient à escalader le premier rempart. Mais son cheminement est de nouveau interrompu par un barrage sorti de nulle part. Avec peine, elle réussit à se frayer un passage dans la cimenterie desséchée des cimetières. Puis elle arrive en vue de l'Autre, de la lumière où elle pourra s'épanouir. Elle se regarde le flanc et s'aperçoit avec horreur qu'elle n'est plus qu'une pauvre petite larme dénaturée, amère. La pierre des obstacles l'a retenue dans sa presque totalité. Elle décide de refluer vers sa source, et meurt tristement. La muraille s'évanouit. Elle a accompli son œuvre de destruction...

Il hurle la vie qu'il ignore, qui n'est sans doute qu'une traînée de sang sur une brique fêlée. C'est un pauvre cerf affublé d'une mollesse génétiquement unique, couplé à un tire-au-flanc progressif. Une lanterne va-t-elle écumer sa plaine ? Une alouette décérébrée va-t-elle s'empourprer de passion ? Il n'est rien, ou si peu de chose. Temps qui passe. Il crève de naissance. Il sort du Styx. Il pleure de la poussière. Il s'arrache les languettes, il fait la foire interne, bassement trouble et défaite, et il pense... BIEN TROP. A la une ? La liaison de Cocotte-perlée avec un Sourcil-brillantine. Et aussi la mort de Casquette-au-pneu-usé. Le mariage de Gris-à-milliards et de Grasses-franges. La fin justifie-t-elle la vie ? L'envie justifie-t-elle la croyance en une étiquette ? A brandir des taches d'or, on oublie le fondement de la montagne. La base du pilon.

Angoisse de partir sans rien laisser. Pour qu'ils comprennent. Franche hilarité de scatophiles dégénérés. Empoignade de crétins pris de vitesse aiguë. La force de l'arme braquée pour une cigarette de répit. Le pauvre cerf va sauter. Parachuté dans le gauche et l'inexistant, il raccroche sa peau à la patère, et il scalpe sa proche origine.

Le clown pisse le sang... en vérité, je vous le dis.

Des mots, rien que des mots qui s'effacent. Un jaune cru recouvre le tout. Un jaune conquérant. C'est la pluie du dimanche qui lave la semaine. On enfourne tout ce qui passe, on se remplit à ras bord de n'importe quoi, simplement pour oublier qu'on est là, qu'on existe, et qu'il y a peut-être quelque chose à faire. C'est triste, la pluie ne lave même plus ça. Elle est là, c'est tout. Et le temps s'étire comme un chewing-gum usagé sur le trottoir. Et le bilan est si nullissime ! Bien sûr, il y a des petits crépitements d'excitation, des petites fumées d'espérance qui passent à l'horizon, mais il faut se rendre à l'évidence : Le bilan est nul. La vague de joie passe et se ternit, le jour décline, la lumière s'étiole. Et la nuit il faut dormir, c'est OBLIGATOIRE. Tous les hommes -les vrais hommes- doivent dormir la nuit. Sinon le Travail est mal fait. Oui mais moi, mon sourire n'est pas à vendre. Vous détruisez ma belle planète, vous détruisez ma vitalité. Au nom de quoi ? Pour un chèque ? Un président ? Un général ? Une nouvelle voiture top-classe ? Il serait temps de penser tous seuls, comme des grands.

Soyons enfin nos propres chefs...

Ce soir, je fais la fête tout seul, dans ma tête. Dans ma tête, je connais tout le monde. On se chamaille parfois, mais ce n'est jamais grave. Et ça a l'avantage d'être gratuit. Il y a bien quelques zones d'ombre, mais ça ajoute une part de mystère non dénuée de charme.

Tout le monde est venu, ce soir. Le petit enfant naïf qui s'en prend plein la tête et qui ne comprend jamais pourquoi. Le guerrier, qui lui a tout compris, et qui hurle dans le vent ses hymnes de destruction. Le pervers sournois, qui surgit quand on l'attend le moins. Le moine serein, avec ses yeux étincelants, qui apaise par saccades. La victime éternelle qui n'enlève jamais son linceul noir et qui corrompt tout ce qu'elle touche. Le bon vivant rigolard qui respire la joie d'exister, de se soumettre, et applaudit constamment.

Ce soir, c'est fête. Ils sont tous là, se coupant la parole, se battant parfois. Ils sont différents mais si semblables. Ce sont mes meilleurs amis et mes pires ennemis. Ils sont égaux devant le tribunal de ma conscience. Mais j'avoue que je préfère quand ils me laissent en paix, dans mon sommeil, et que je n'ai plus d'emprise sur eux.

Leurs petites histoires sont parfois si étranges...

Je me suis bâti au fil des années un petit muret. Je sais qu'il peut me protéger de bien des choses. Mais il suffit qu'on souffle dessus avec un peu d'insistance et il s'écroule en mille morceaux. Je deviens alors une crevette bégayante car mon rempart est tombé. Ma tricherie est découverte et l'extérieur submerge tout. Je redeviens moi à cent pour cent.

Vulnérable et grelottant.

Effacé et pontifiant.

Évasé et maugréant.

Vannée et misérable parenthèse.

Pitoyable...

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