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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
L'Escalator du Dérisoire

Les docteurs méditent leurs stylos syndiqués, les serveuses regardent les assiettes et non les visages, de peur de trop reconnaître l’humain embouteillé. Des yeux noisette perçant une fausse blondeur mal foutue, le tablier rachitique, la bouille crevée, le nez rougi par la piteuse prestation du cénacle, le teint banni comme une craie écrémée, la bretelle sous-jacente avec pour devanture deux seins malingres de gosse flouée, la tristesse à fleur de gant caoutchouté, gerbille fauchée comme ses tennis, et l’avoine alcoolisée d’un mâle ronflant à contenter, deux mioches en bandoulière, des crevasses nacrées sous les prunelles, le malheur pour saupoudrer le tout, un boulot, c’est mieux que rien... mais... à la vérité... Rien n'est mieux que Rien, tu sais, petite, tes dents nacrées, brillantes et si blanches, et ton sourire mal esquissé, m’ont fait chialer comme si tu étais plus loin que les limites de l’infini.

Mon futur sera dépoli ou ne sera pas. Le verre a ces trois propriétés toutes essentielles : il contient, soumet, et scarifie. Les débordements vaseux de tout acte suicidaire n’introduisent leurs auteurs que dans la salle d’attente -ou plutôt le patio- de la tendre ménagère qui cisaille nos destins. Les nuages, quand l’on n’y prend garde, prennent dans notre dos des formes de cordages et de revolvers, pour mieux nous avertir de notre effervescente vacuité d’éphémères. Nos petits prendront les armes aux ceinturons des squelettes à barbiches acclimatés aux ruades météorologiques.

Faire semblant, même pour soi, n’est-ce pas là la définition propre de l’aliénation ? Quand je respirerai la Javel, le corps dégraissé de mes errances nocturnes, de mon téléphone sanglotant ses caillots, de mes murs dégueulant de taraudante solitude, peut-être pourrai-je m’entrevoir sourire. La Petite à robe de Nuit m’a congédié, ces jours-ci. Mais ce soir une éruption se prépare dans l’enclos cannibale. La timide complainte des entrelacs du sang sous ma caboche fêlée fait remonter mes entrailles vers un cœur qui n’est plus. A croire qu’il s’est perdu en chemin, pauvre déglingue d’horlogerie factice. Je lacère le silence tant la musique m’inocule des soubresauts de pantin compatissant vis-à-vis de la déconfiture des ans. La dégelée royale permanente me remet sur les rails : je ne serai qu’un programme-virus inoculé dans des pupitres ruraux sentant le bois strié et l’encre noire. La plume est un couteau, mais le porte-plume ne se fait porte-avions que lorsque les endimanchements du maestro deviennent indissociables du chagrin et de la ruine. Je vais à la pêche aux mots dans ce fourre-tout d’avant-hier, quand je n’étais pas né et que je hurlais ma faim dans la synthèse amniotique du sang et des idées. La décadence de son écorce : quel spectacle est plus tangible ? Je tiens bien le bout… mais de quoi ?

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