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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
L'Alchimie du Malheur (1998)

Au Nord, les fosses craquelées. Elles gigotent, perdues au fond de l'océan. Le sel croque les grains de guimauve et hume la cage amère qui se tient sur ses épaules. Le sel, cette pute des larmes, qui trace des lacs assoiffés sur les joues du pont. La gamelle pendue à son scalp, un fantassin largue ses jambes sur les pavés. C'est « Lutteur impavide pour excellence rapprochée », c'est gravé sur son étiquette. Il creuse une fosse sous le pont de braise et s'y enterre à mi-corps. Le reste sera mangé par les guêpes des guichets.

Tiens-toi bien, soldatin, tiens-toi fort, combattant de l'ombre. Tes forces se glacent en sorbet, ce plaisir toujours partagé lors des vacances pour petites goulues. Elles vont te rompre le cou de leurs coudées grasses. Au Sud, c'est bien différent. Au Sud, il n'y a plus rien. Il faudra pourtant bien que tu y passes, un jour ou l'autre. A l'Est, une demi-conscience mazoutée. Un plein bol de varech grumeleux. Et à l'Ouest, pfff... ce n'est pas mieux. Reste où tu es, je te le dis.

C'est encore là que tu crèveras le plus vite.

Un homme fatigué. Une femme concentrée. LE TRAVAIL COMMENCE...

La phalène exténuée vrombit, grisée de pourriture, au sein de son manteau-gouffre. Les lendemains hurlent leurs maudites secondes exsangues qui se repaîtront de nature morte. Le précipice longé, arpenté aux treize pôles, mesuré et évalué, nié et feinté trop souvent, me tend ses pattes d'argent abandonnées. Il me les tend comme jamais. Mon Amour-Nuit. Il siffle dans ma tête cette petite complainte qui ne rime à rien. Je me coule dans ton murmure, tombeau ocre de ma Souffrance, je me livre à toi en infirme repentant. Puisque tout ici n'est RIEN. Puisqu'il n'y a RIEN à faire avec PERSONNE, ni RIEN, NULLE PART.

Il n'y a qu'un Ailleurs...

Puisque tout but est un trompe-l’œil poisseux, un dérivatif honteux à la camisole faite chair. Puisque mon « ailleurs » vaut mieux que tous leurs « ici », leurs « maintenant », leurs « c'est comme ça, et puis c'est tout ! », à quoi bon s'obstiner contre un fléau multimilliardaire ? Puisqu'on ne peut faire un pas sans être jugé, compté et estimé par un bataillon de hauts de forme maladroitement juchés sur des échasses d'os. Puisqu'on ne peut faire un pas sans finir embobiné de ce malaise spectral qui luit d'être si souvent astiqué. Puisqu'on ne peut faire un pas sans être déchiré par ce même pas qu'on voulait tant faire vers un mieux improbable. Puisque leurs voix mortes pendent à leurs gencives comme des oriflammes de flambante défaite. Puisque le sacré les emmerde et que la merde les sacre tout puissants. Puisque ce sont des hyènes qui se repaissent de leurs propres dépouilles, continuellement, jour comme nuit... et en en redemandant de ce bon humus bien terrien, bien frappé comme tel, bien handicapé du sens, bien ravagé de meute multiple !

Vous êtes déjà des hommes d'hier, on ne vous aime pas, on vous tolère à peine. Rien dans ce monde déliquescent n'a la tempérance d'être sinon beau, au moins digne d'intérêt. Tout conduit au même canal : LE GOUFFRE DE LA DOULEUR. Cette saloperie que vous avez façonnée avec mille scintillements dans les prunelles, et je ne parle pas de l'âme. Demain sera démultiplié dans une seule direction : LA DOULEUR. La vôtre, non plus la mienne.

Douleur d'être exilé dans ce cloaque pourrissant, harassé par des sous-êtres continuellement en exposition universelle d'ineptie enragée. Refrain qui se répète inlassablement comme une aberration qui ferait du surplace sans brûler sa graisse.

NOUS PARTIRONS. Et nous rirons à en fêler vos cathédrales sous-vides. Et nous vous montrerons du doigt en nous tapant dans le dos, en pleurant de joie de ne plus être de la fête. Et je reviendrai fièrement vous montrer mes nouveaux crocs tout neufs, ma nouvelle ossature, ma nouvelle suie 100% pur dédain.

Vous montrer la Vraie Vie des Étoiles sans Fin.

Tu l'as, toi, la recette ? Tu sais comment ça fonctionne, alors ? Moi, j'ai la paranoïa pas vraiment constructive et ma petite sentence est sans appel. Je crois voir, je crois sentir, mais au fond je ne sais rien. Saigner dans les rues ne sert personne. Et ce n'est pas de me serrer dans ces mêmes rues contre une poupée fraîchement déterrée qui va me faire lever les yeux en criant : « Merci, Ô Gracieuse Majesté Céleste ».

Pourtant, je sais une chose. La lumière est là, quelque part. Froide. Gelée même. En état de perpétuelle réfrigération artificielle.

Je vais te trouver.

Je vais te déloger.

Et je t'aimerais à en défricher leurs champs du pire. Leurs entreprises de destruction massive se casseront les dents sur notre bouclier. Et nous rougirons de félicitée dans leurs enfers.

Et nous connaîtrons par cœur l'Alchimie du Malheur, que nous chantonnerons dans les failles stellaires...

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