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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund
Irisation

Elle joue à brosser le pavé. Les poils impriment des empreintes animales. Par ces fenêtres, des horizons se dessinent. Des portraits crachotent, ondulant comme de la gelée. Des pancartes fléchées se mordant la queue. Les hommes masqués prennent leur envol, bref et dérisoire, et s’écrasent dans l'abîme. Des bandes de terre se meuvent pour rompre le silence, pour briser la paix. Une échelle costumée en général casse un à un ses barreaux et s’effrite dans le sable. Les os polis des aventures, les girons chauds, les confidences sucrées, les râles étoilés, se dissolvent dans le magma. La Terre reprend ce qu'elle a donné.

Le vent émiette ses fautes, tourbillonne dans les oreilles opaques et les cerceaux damnés. Les hirondelles fauves se glissent par la brèche, soufflant la braise et la poussière de toutes leurs forces, comme un torrent indompté. Les spores se coulent dans les jours, pour perpétuer, enfanter, et mourir. La petite fille se redresse et laisse couler la larme de l’Innocence. Elle se tourne et s’évalue : elle a déjà grandi. Ses yeux se verrouillent, sa bouche se froisse et se cadenasse. Les chaînes lui tissent une robe argentée. Elle écoute son vent interne qui s’éteint, sa petite voix qui craque comme une noix, ses bras qui s’éternisent à la serrer, ses pieds qui s’étalent en racines, ses cheveux qui dessinent des ouragans de pacotille.

C’est la fin d’un temps béni. C’est la fin du Temps.

Seuls les fous croyaient qu'il était éternel...

Selon toute vraisemblance, le processus d’irisation de l’individu est quasiment inexplicable. Bien des cas ont été répertoriés et étudiés mais de façon fort discutable. L’irisation commence là où la faiblesse pathologique est présente. Elle débute par une plainte et se termine par un embrasement successif de toutes les parties animales du sujet. Il n’est plus contraint de faire, il est indigné de rester inactif. Il n’est plus fragile, il est domestiqué par la vraie force. Celle qui lui vient de la lumière proprement dite : la Force Blanche. Selon une récente enquête, le phénomène toucherait la plupart des jeunes gens entre douze et dix-sept ans. Il entraîne une dépendance vis-à-vis du rail tracé, de la voix dominante, et de la rambarde antichute. On assiste alors à un voilage progressif du passé et à un appétit prononcé pour le Non-fait. Une fringale incohérente de pouvoir et d’avenir doré. Dans des cas bien plus rares, on assiste cependant au cheminement inverse. La rambarde est partiellement ou totalement détruite, et le rail est déformé. Le sujet est alors éliminé très rapidement dans une cellule spéciale, bien évidemment.

Dans l’ombre, les mentons dessinent des collines, des montagnes poncées découpées à la craie. Les refrains entêtants de la consumation par le vide rôdent et guettent. L’huile des poulies éclate en faisceaux, la machine luit dans les ténèbres. La chaleur est voilée par un rideau transparent. Il transmute les droites en courbes, les élans en maladresses. Au cœur du chaos, la palpitation multipliée et sauvage. Les tableaux pathétiques détournés à la seconde. Le tremblement sinistre annonciateur d’un grand silence. Le souffle entravé, la fièvre qui tenaille, la danse du néant.

Puis vient la paix, solitaire... toujours.

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