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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Jumel Guillaume
Et de loin en loin... j'oublie ton visage...

Les amitiés chauffées au rouge, saignées à mort, palpitent une dernière fois autour de toi. Et de loin en loin tu oublies ces visages trop proches pour être clairement définis. Tu oublies en masse. Pisse. Tu te noies dans leurs crachats, tu abondes en immondices, et tu les regardes une dernière fois danser la ronde triste des pendus. Appuyé sur ta margelle, j’oublie peu à peu ton visage dans l’eau troublée. Moi qui pensais le garder gravée en moi pour des lunes, tu vois, j’ai mortellement tort. Je te défais sous ma toile lisse et je rebâtis des courants d’air. Activité toute néfaste. Je perds l’équilibre en bordure de ta nuit et notre automne résonne déjà d’adagios langoureux et métalliques. Et de loin en loin j’oublie peu à peu. Saignés à mort. Ils resteront ainsi dans ta mémoire. Chauffés au rouge. La haine couvée comme un globe d’ombre. Et les fous rires en deviennent presque rasoirs.

Je te retiens par le talon. Tu veux partir au nom du bon sens ? Tu veux t’activer à faire le bien ? Tu veux donner à voir ta face satisfaite ? Pauvre créature. Façades délicieuses, spectres embellis, faiblesses feintes et carambolages-éclairs. Des « amis », hein ?

Tu es comme une marée sanglante. On se coupe aux ras des poignets sur tes arêtes trop vives et l’eau verdâtre se colore de fluides humains. Une marée de membres cisaillés repart en sens inverse, vers ta mer de sang, te submergeant, semant des mains aux horloges des clochers, piquant des cuisses aux boîtes aux lettres, faisant des trophées de têtes d’enfants aux sommets des toits dérangés, bien trop coquets pour éviter d’en rire. La marée se retire avec un chuintement de soufre. Et, de loin en loin, j’y oublie ton visage. Tout doucement. Décalqué sur mon suaire. Tendrement. Tout doucement, ne soyons pas fébriles, il vient. Ton visage. On y presse les mains et on l’enroule sur lui-même, tel un étron frais. Il arrive. Doucement. Ne paniquons pas. Il est là. Il peut nous entendre. FOUTRE ! Il a entendu...

Il est parti. Tout est à recommencer ? Toujours !

Et les anges hurlent...

Confinement stratégique hérité des aïeux, boule de morve à charpente creuse, la vie s’énerve sur elle-même quand le capitaine sans mât se perd à l’Est. C’est une extinction qui convole ici. Ton visage cramoisi et tes lendemains impossibles, n’est-ce pas ?

Il n’y a plus de demain possible, tu vois ! Tu m’éteins, tu me coules, tu m’éboules sans tain, tu refroidis mon souk, tu me bats à l’arête, tu pinailles à mon foc, tu me suis en silence, fatale désarmée, et tu pleures pour nous, les fils emmitouflés. Ta rancune est tenace, ta rancœur est farouche, tu dégueules... ne soyons pas mièvres, TU DEGUEULES les couples sur le fil tranchant... et ils se perdent parce qu’ils ne savent pas ! Ils se perdent parce qu’ils sont là, ils sont tout le temps bien ici, si vé-ri-fiables les prudes, et jamais là-bas. Ils se recadrent et s’encadrent mutuellement pour mieux se regarder s’encadrer... au centre du cadre. Ils se respirent et se tracent des gris-gris à la bombe sur les murs de leur taudis. Ils se mangent entre deux passes d’armes et s’essuient le menton d’une de leurs nageoires trouble-fête. Tous raisonnables. Tous beaux. Tous en feu. En sang. Envolés. Friables.

Tous placardés aux fenêtres des cités quand les gyrophares trouent l’espace et meuglent leur repas humain d’un soir, il y a cinquante années lumières. La lumière du frigo s’élance et s’aplatit sur la vitre. D’un doigt, ils lèchent la clarté et ferment les rideaux. Le spectacle est terminé.

Je ne veux plus le revoir, ton visage...

Moi je permute, passant d’un mourant à un autre sans même ôter mon masque. A quoi ça servirait ? Ces enculés copulatoires se fourrent à pleines gencives toute la chienlit de leurs ébats plastiqués. En sang, tenaces et rances, toujours en sang, ils se frottent et se respirent, tous en sang, s’éjectent, morves de bêtes, et se regardent de loin, en sang, se projeter dans les derniers spasmes des chambres mortes. Au fin-fond du bétail poisseux et de leurs pièces obscures, ils se regardent se perdre, en sang, le long des couloirs graisseux, et se tiennent et s’empoignent, se retournent et se pénètrent, s’abandonnent et se tuent à coups redoublés de muqueuses... les bêtes de somme. Le tout en sang. Les hommes. EN SANG !

On pourrait presque lire sur les frontons de toutes les maisons : « Vous entrez et mourez ». Entrer quelque part c’est un peu y mourir, à moins qu’une petite fille pâle vous tienne par la main et crache par-dessus votre épaule en direction du chemin bleu fatal. Je vais entrer avec Elle. A terre, on devine les dépouilles des autres systèmes. Certains chuintent encore, parcourus de soubresauts, et leurs mâchoires décollées se cambrent à l’infini. La petite ricane, ma pauvre main dans la sienne, et me lance un regard teinté de peur panique. Je te protège, ma belle enfant. Elle attache ma camisole et vérifie d’un coup d’œil la propreté de ses petits pieds. Les éclats de verre y ont laissé des sillons, mais il en faut plus que ça pour l’émouvoir. Comme elle est forte ! Comme elle est belle !

Elle serre les liens qui me compriment et se paie même le luxe d’exécuter un entrechat durant l’opération. Je ne bougerai pas, petite. Je resterai là, à écouter tes ricanements comme on écoute un opéra non conforme. La porte claque. A tes côtés. C’est commencé...

Je reviens en arrière les bras soudés au corps. Et tu es avec moi. Je vois défiler des hordes de pigeons aux têtes mangées de vers, des chats décervelés dont les viscères s’étalent, des oisillons écrasés à la brique fauve, des chiens éborgnés qui se tortorent des murs. Tout est là et pourtant je n’y suis pas. Ce n’est pas moi. Ce n’est pas possible. Tu ricanes et passes à la suite. Je suis là. Je vole un baiser à l’exquise petite qui court... et me prend une exquise taloche. Plus tard, une autre gamine me tâtera le sexe pour voir si oui ou non je suis un garçon. Troublé je resterai à jamais. Puis je grandirai, accumulant les expériences trompeuses et les douleurs intestines. Costumé en ma Mort. Je saigne du nez, encore et encore, devant la cheminée, rivé à mon enfance enfuie... et pire que tout : j’aime ça !

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