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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Jumel Guillaume
Et ces amants se chuchotent...

Et ces amants se chuchotent, regards en biais, et s’infusent la trouillote de se voir désenclavés. Comme ils sont tristes, sous la pluie, quand Il s’abrite sous son journal et qu’Elle ouvre son sacro-saint parapluie pour ne pas tacher de cris d’ombre sa nuque froide de baisers. Si parallèlement mous qu’ils en deviennent simiesques, avidement pathétiques, bruts de silex ! Si passionnés par la vie... qu’ils passent tout à côté. Ils s’étalent sur le gazon, rôtis vifs, puissantes déjections bi-menstruelles, et font du bruit avec leurs os gras pour s’assurer qu’ils sont bel et bien vivants. Ils se tortillent, repus, le ventre en berne, la gueule décoiffée par un trop-plein de ciel moribond. Et ils traînent leurs toutous jusque dans les rues de la baise où les hommes se font chiens-loups et où les cabots sont devenus maîtres...

Évidemment je suis tombé amoureux de toi, et tu le savais si bien, n’est-ce pas ?

Un pauvre faciès, même fixe, contient une éloquence toute magique. Je ne suis pas revenu de ton visage. Jamais. Encore une petite fille ? Allez, à l’abattoir ! Il veut de la chair, du sang, des tripes chaudes. On va lui en servir. Il veut s’épancher dans les replis et les vals, se complaire dans la bestialité la plus farouche, mordre et cracher, enlacer et détruire, suer et ruer. Pauvre gosse. L’innocence en flammes, quel triste spectacle ! Tu me reviens de si loin ! Tu m’attendais là-bas ? J’ai tout le temps d’attendre. Je ne suis pas encore mort, vois-tu. Tu ne connaîtras jamais mon véritable visage. Tu t’enticheras d’un soupir, d’un reflet, d’un chuintement, d’une petite chose maligne et pernicieuse, indescriptible et ultime, mais ce ne sera pas moi. La Mort porte une robe de taffetas mauve, voilà toute ma découverte. Et moi ? Je ne porte plus qu’un masque déconfit. Tu t’y accrocheras si tu es toutefois assez folle pour tenir plus d’une minute face à mon fac-similé, mon ersatz gonflé à l’hélium.

Et mon courage qui s’enfuit, montgolfière toute emperlée de lait. Je lâche du lest pour toi, vois-tu ? Encore. Ce sont mes os qui tombent des cieux. Je suis dégonflé. Ma peau vole au vent. Les yeux me piquent. Je regarde en contrebas. Je distingue un vague signal fumigène, mais je ne m’arrête pas. Rien ne m’arrêtera plus. En haut, dans la moiteur des nuages d’été, je visualise mon parcours et mes vieilles haines. Immensités. Denses. Cruelles. Belliqueuses. Je lâche du lest. Moiteur de linge sale. Frayeur. Je lâche encore du lest. Je balance avec un plaisir non feint tous ces amants pris en flagrant délit de tendresse singée.

Ma tendresse, personne n’y aura droit, elle s’en rentrera dans son cocon, seule, coupable, parcourue de tremblements peut-être... mais intacte ! Bichonnez-vous, frères amants ! La vie vous a choisis pour incarner son vaste théâtre de démolition, son ballet poudré et macabre. Au diable le petit binoclard sur le banc de touche ! Au diable ! Vos vies sont bouillantes ! On s’en fout ! Vous en brûlez ! Vous êtes trop vifs, trop en sang, trop soudés à vos accoudoirs, trop secoués par vos sécrétions, trop en boîte de beauté crasse, le tout au goût plastique optimum. Et vous dites « aimer » ? Consternants sacs à viande. Petites putes polymorphes. Immondes salauds aux groins démuselés. Vous êtes enracinés dans vos cultures scindées, bringuebalantes. Trop fiers, bien trop « droits » pour mériter la confiance des étoiles. L’amour de loin, l’amour à peine. L’amour en vain...

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