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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Chambre 9104, Pavillon Lacan (à Sandrine)

On reconnaît à un "bon poète" qu’il ne laisse aucune descendance, hormis des piles de cahiers contrariés.

Pour le véritable poète auto-promulgué, seuls comptent les poèmes qu’il n’a pas encore écrits, mais dont il a rêvé.

J’aime cette sensation vacillante de danger lorsqu’un nouvel amour se profile, dans toute sa vacuité.

Je récolte les perles de la nuit sur tes cils du matin et je les aligne à ma cordée estivale pour perdurer dans les jours.

Encore une année avec des « vacances » sans réellement partir... mais avec toi, partir, c'est déjà LOIN !

J’ajuste ma longue vue pour pourvoir au futur : je suis amoureux, c’est un fait, mais n’est-ce pas moi qui crée le désir dans l’œil de l’autre ?

Comme un ruisseau qui s’arrête de pleurer, je me déconfis et j’abhorre le néant.

Je constate les cristaux de ton désert, et de plus en plus je m’abîme dans l’infinie contemplation de notre désuétude.

Dans toute histoire d’amour qui s’interrompt il y a cette petite flammèche de mort qui ronge la réalité et fait ressembler toute prairie à un jardin de stèles, les fleurs à des cadavres dépecés, et les nuages à la toux du diable.

Toute bonne provocation se termine par un décès.

Tout jeu porte ses codes et ses menstrues propres.

Dans les traits de ta main, dans les lignes de ton visage...

J’ai vu des farandoles poursuivies en civières

J’ai vu des faons zélés péter les gibecières

J’ai tu des quolibets qui poissaient ma moustache

J’ai tu des mousquets ternes qui distribuaient des haches

J’ai su des aveux sourds à mon chevet d’aveugle

J’ai su des horizons dans l’inversion des meubles

J’ai poursuivi des flottes qui piquetaient la fournaise

J’ai subi les à-coups qui chiquaient sur ta grève

Ton dos est un rempart désaltérant. Ta moue est un remous déblatérant. J’y accroche mes semelles miteuses et ta ceinture jaunie : nous pourrons toujours compenser par l’incartade de nos ongles et mes tremblements de cancre piqué au vif, comme par la nature et l’amertume de son malheur. Tu seras ma Junon fantasque et fantastique de gouffres avinés, de bouffes avariées, de bouches cariées. Jamais l’azur n'égalera la plénitude de ton sommeil. Petit volcan ânonnant la rue, petit ru balbutiant ses premières ecchymoses, petit tampon stérile, fatal, dégueulant les coagulations femelles, minuscule pichenette faite au gré du vent, minuscule brunette cernée par ma famille armée (les sorcières font leur sabbat dans les sabots des moutons de Panurge).

Petit raclure de crasse arrachée au béton si embêtant, petite boule de plomb désarmante de tendresse, partout où tu poses ton regard il pousse une fleur de métal. Les pétales éternuent et s’éternisent à puer la meringue et la sueur de gigolo. Sur ta tempe avide sont collés les surplus gélifiés de tes années enfuies. Je suis le piteux tenancier de ton gouvernail, le pauvre gouverneur de tes îlots planqués, efflanqués comme des pousses de mitres au secours des lascars. Je suis ce politicien de ton cul, le morne ajout de ta tonsure, la croûte suintante de ton abandon, le balancement tendre de tes seins disparus, le cauchemar persistant de ton évaporation d’alors.

Tu m’as laissé ! J’ai vu rouge puis infiniment noir... A l’arc, j’étais le meilleur... uniquement parce que je visais mon ombre, et même au-delà. J’entrevoyais déjà dans les miasmes de houblon ma décadence informelle. Je prends le temps de te dire aujourd’hui ce que le temps fait : l’altération inébranlable du réel par la malédiction d’être vif.

JE T’AIME COMME LE GOSSE QUE JE FUS AIMAIT LECHER LE SANG DE SON DOIGT APRES S’ÊTRE PIQUE SUR UNE ROSE.

Tu me parlais d’un conte d’hiver lointain dans ton enfance enfuie. Petite esgourde parée des atours femelles les moins probants : une ceinture métallique maintenant ton dos bien droit, une fibromyalgie te paralysant le côté gauche, et ta légère tonsure sur le crâne héritée de la rue et de l’errance des doryphores. Tu me parlais d’un chez toi qui sentait bon la cannelle et les oeufs frais de mentalité neutre. Petite gosse salopée comme tout un chacun valable dans cette pérégrination vaine qu’est la vie, je te suis comme un marteau, flairant ton parcours de pauvre môme à chaque coin de rue. Ils ne nous ont même pas laissé une chance. Même pas le temps de faire l’amour.

Je suis d’un morne acabit, préférant les voyages organisés en numérique aux tristes et sommaires déambulations entre les pyramides. Ma souffrance m’a cassé en deux : une partie de moi réfléchit le cul, l’autre partie regrette ostensiblement son enfance trahie. Je ne suis guère qu’un miroir acide de plus à ajouter à la collection des aliens perdants. Je ne supporte l’enfermement que lorsqu’il est accompagné d’un amour, même de pacotille. J’ai fugué vers ma liberté, je me suis défait des contingences de la camisole chimique imposée de force à mon ego surpeuplé, multiplié par mon cerveau biffé de ratures cliniques.

Je suis un rebut rebutant et mes trébuchements verbaux reflètent mon esprit confus et confit d’alcools et de fièvres. Je relis mes classiques : les chiens écrasés et les moues d’ombre des filles adulées. Si seulement on me mettait un flingue entre les mains, je serais aussi productif dans la mort qu’à l’heure actuelle. J’écris le vide qui m’entame, la triste varicelle du vécu qui me ronge, et ton sourire du soir qui me berçait plus sûrement qu’une voix maternelle. Je ne suis plus qu’un souvenir branque confronté à ses propres dénigrements, l’ozone vide d’un souffle atrophié, perdu dans ses retranchements, la trachée artère dans le rouge vif, le cœur battant la panique, la honte et la haine.

Ceux qui se tiennent par la main ne mesurent pas l’ampleur de leur félicité. Ils vont, tout comme les mouches, s’agglutiner sur des bambous sucrés dans les rues piétonnes débondées. Je suis un cheval d’arçon pour toutes ces filles-là : allez-vous rebondir sur ma graisse en cadence ou m’abandonner en pissant sur la moquette maculée de ma chambre ? Je ne pense plus qu’au mal qui m’encercle, à la folie des trous noirs qui entament ma mémoire en taloches séniles. Je t’ai aimée, toi, l’enfant du pavé qui n’avait dans sa poche que de la mitraille périmée et un passeport pour l’enfer informel qu’est le 21ème siècle.

Je n’ai même pas eu le temps de découvrir ton ventre, tes seins, tes cuisses malingres mais que je devinais adorables, et tes petits baisers d’alors, aussi doux que l’ondée du petit matin qui recouvre les feuilles d’orties. J’étais sali, je me suis donc tondu le crâne, pour toi. De toute manière un voleur m’a délesté de mon rasoir, allant tout droit vers les abysses de mon inconscience. J’aime les connards car ils se distinguent au premier coup d’œil : les uns ont un portable et parlent fort pour faire croire qu’on les croit, les autres rêvent d’avoir assez d’unités sur leurs portables pour parler fort et rêvent qu’on les croit. En 2007, ironie suprême, les portables ont tué plus de gens que l’amiante et la blennorragie réunies.

Quand je serai mort (ou trépané) vous verrez que la fin des temps est annoncée depuis bien longtemps. Dès l’antiquité les oracles prévoyaient l’apocalypse pour le lendemain : les habitant de Pompéi ne s'en sont toujours pas remis. Les remous de l’existence non plus. La pitié des aveugles n’égale que la primeur des justes. Je vous emmerde bien profond, vous, les avatars du moins que rien, les pauvres dénégations de l’humain dans ce qu’il peut avoir d’étrange... donc de magnifique. Ramassis d’impostures blettes, gredins forcenés de l’habitacle, je m’enfonce et vous riez... pourtant vous rirez moins quand je déposerai les mines anti-personnelles (fabriquées par vos soins, je vous le rappelle) dessous les pieds de votre descendance maudite, déjà conchiée par vos médiocres ventilations. Les Anciens vous piétineront dans une sarabande dantesque et vous aurez beau pointer le museau de vos fusils, les orteils des origines mettront à mal vos croyances à base de barbu transpercé.

Je vous souhaite pourtant une mort douce... mais toutefois devant les yeux de vos enfants, et ce pour qu’ils prennent conscience de l’atrocité de vivre une bonne fois pour toutes. Je vous vomis vous et vos images tronquées, menteuses, vos secrets d’alcôve débiles, vos festivités surfaites (je me suis rarement autant emmerdé que lors d’un mariage... même un enterrement était plus palpitant). Quand vous prendrez conscience qu’une bagnole, qu'un téléphone-tablette-glin-glin-cucul-j'temmerde, mais dernier-cri, ne constituent pas toute la richesse d’une vie, alors là nous pourrons éventuellement discuter...

Ce qu'ils nous ont fait n'a pas de nom, ma Sandrine. A présent ma petite cendre.

D'ailleurs... eux-mêmes n'ont pas de noms.

La seule certitude est qu'ils sont ici chez eux, en grands vainqueurs.

Qu'ils décident, dispensent et se concertent.

Dérisoires, pathétiques, absurdes à en hennir entre nos murailles chimiques, simplement pour LEUR FAIRE PEUR, A EN CREVER.

Dans cette patrie uniforme, aux couleurs de chaux jaunie, qu'est la « psychiatrie moderne », dans tout son indicible négationnisme de l'être profond.

Pourtant, tu es là... et moi je suis déjà avec toi...


Car l'Amour est la confrontation des forces qui nous font et nous défont dans l'espace, mais jamais dans le temps...

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