Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

 

Je savais la Mort salope mais là elle frappe un grand coup, tout de même... en douce et dans le dos, un soir d'hiver buvard et grumeleux, brutal et brumeux, un 27 décembre même. Putain, quelle sale blague glaciale ! Toi, notre pote et camarade, tu pars déjà, sans sommation aucune ? Alors Monsieur P. fait maintenant officiellement partie -malgré lui et malgré le piteux décompte des années terrestres- du fameux club des 27 ? Entre Jimi et ses guitares, Janis et ses fleurs, Kurt et ses riffs, Brian et ses pattes d'eph, Jim et sa poésie, Amy et ses excès... la vois-tu l'ironie là-dedans ? Pff ! Ralala...

 

Ça t'aurait sans doute fait ricaner car même ta mort est un pied-de-nez aux convenances qui t'emmerdaient tant, toi le libertaire ultime, le refus personnifié de s'abaisser face aux contraintes, de plier face au pouvoir trop blondinet, de s'incliner devant l'ordre et la loi des fantoches, la connerie innée des puissants, l'injustice de la sphère et la méchanceté des hommes. Mais elle t'a eu, cette garce en diable et fidèle préposée aux archives, avec son satané regard acier trempé, j'espère qu'elle a au moins épousé pour toi les traits de Björk, elfe mutine que tu aurais sans doute aimé suivre à perte sur des pistes musicales et poétiques inédites. Cependant cernons la Mort avant qu'elle ne nous ceigne (et ne nous saigne ?) tous. Car tu étais si vivant au pays des déjà-morts, mon vieux pote de mots, mon copain de route, mon ami véritable...

 

Tu n'aurais pas aimé le moins du monde que l'on te pleurniche -on s'en riait assez souvent comme ça, de la Mort narquoise et grotesque- alors on va te faire revivre un poil, ressusciter un brin à la place de l'autre glandu en croix, en ces périodes de fêtes si tristes sans toi et tes « deux de tension » légendaires, ta dégaine irremplaçable de Pierrot lunaire, ta voix tremblotante mais si rassurante d'éveillé sage et tant riche intérieurement, véritable médiathèque ambulante aux goûts sûrs d'artiste multi-facettes intéressé par toute la création planétaire. Tout cela oui, plus une amitié indéfectible pour tous les pauvres gamins, les mal finis, les laissés pour compte, dont tu ne faisais pourtant aucunement partie. Chiche qu'on la fait, cette ode à TA vie ?

 

Tu étais de ceux -bien trop rares en ces temps- dont la profonde humanité éclabousse littéralement ceux qui s'en emparent... et nous l'avons fait volontiers. Trop souvent peut-être. Une forme de beauté tranquille, sereine, juste et généreuse sur une planète qui ne l'est plus tant que ça. D'une quiétude apparente, toujours d'une décontraction élégante et d'une écoute attentive, avec toi les problèmes n'existaient plus ou si peu. Tu étais mon conseiller d'orientation ad vitam, moi le désorienté chronique, et celui qu'à l'époque j'appelais « Duduche » tant il me rappelait celui de Cabu. Un grand frangin rêvé en somme... et tu l'étais, ben oui ! Tu m'avais alors intimé contre vents et marées de devenir auteur et dessinateur de BD, ce que j'ai relativement suivi comme voie, un peu malgré moi et surtout malgré les autres, tant tu étais doué pour reconnaître voire débusquer les aptitudes de chacun dans le marasme ambiant. Tu trouvais même des charmes au ciel gris, à la feuille morte, au pilier de bar, aux nuances du trottoir, aux chats noirs et maudits... et à Mylène Farmer ! Tu aimais par brassées entières, jamais intéressé, jamais dans le jugement, jamais dans la vanne piquante, tu te contentais d'être... et c'était déjà vachement énorme ! Tu allais à l'aube chercher des trésors oubliés dans les piles de vieilles merdes des brocanteurs, et tu les dénichais avec un aplomb et une curiosité qui faisaient vraiment plaisir à voir ! Une telle propension à trouver du beau au cœur de la merde, un archéologue des qualités de tout et de chacun, voilà qui tu étais vraiment. Collectionneur avisé mais jamais avide, fumeur, certes, mais jamais livide, buveur de bière mais jamais sordide, amical et jamais pingre pour tes amis -soit le Monde entier-, ta générosité touchait au-delà du paranormal bienséant et des strates chloroformées des amitiés faciles donc effilochées par le fond. Tu étais mon paternel de lettres, toujours de bon conseil car conseil chez toi il y avait à foison. Et savant de tant de choses...

 

Tu vas désormais jouer du saxo et de la gratte sèche tout là-bas ? Tutoyer les étoiles dont tu étais, dont tu es invariablement, pour toujours à l'envers du velours... tu le feras pour nous, dis ? Je te guette dans mes rêves, désormais, tant tu me manques... à plus mon Philou !

       

Commenter cet article

more 30/12/2016 00:37

Philippe serait fier et marqué à vie par ce texte magnifique ..... merci merci mille fois Guillaume