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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Le Rouge Est Mis

Agrafés à leurs cols imperméables, Ils promènent sous les lampadaires leurs petits cartons bleus, ces panonceaux obligés et obligatoires qui trônent devant leurs abats-têtes. Ils sont parés pour leur sacro-saint carrousel dégénéré, leur infâme folie masturbatoire du « Je paie donc j'existe... et je me tue pour une bagnole qui me sert à aller me tuer pour acheter une bagnole qui me sert à aller me tuer... pour acheter quoi déjà ? »... ENCORE UNE BAGNOLE ! Encore une, allez hop, soyons fous ! A force d'aveuglement, leurs prunelles cimentées deviennent des phares, à tous ces ânes battus d'avance. C'est un ballet éprouvant, laid à gémir, dégueulasse d'insignifiance.

Les pauvres gamines ont tout au fond de leurs neurones sous-vides un biceps mâle bien dégoulinant. Les gosses chialent pour pisser, et pissent pour chialer leur pitance trop écœurante. Derrière chaque pan de mur, les hurlements se planquent. Les secrets infâmes dégoulinent des gouttières. Il faut un passe pour avoir le droit de respirer dans une impasse ignifugée et soigneusement peinte en bleu ciel. Il n'y a plus nulle part où crier, il faut se gueuler à l'intérieur. Il convient de collectionner des graines de bon sens au fond de ses poches pour ne pas semer sa désespérance derrière soi, érodé par les corridors absurdes.

Le rouge est mis sur les boulevards, où les pastèques dragéifiées défilent dans un casse-tête n'ayant même pas la politesse d'être bridé sur les bords. Tout est fait pour les gras, tout est enrobé d'or pour passer le cap du ridicule, vain et sournois. Ce ridicule qui tue les bêtes. Ce cap où la lucidité des haineux exécute le moindre sursaut de poussière. Les galoches molles sous les abribus, les vies d'ordures frelatées, compilées sur le modèle basique de « Cul moins tête », jetées sur les trottoirs jonchés de flaques de dégueulis au vinaigre, toute cette farce amère collerait la nausée même à Belzébuth.

Les vampires traînent, les lèvres bleues et la gueule sur pilotis, cherchant un menton défoncé auquel s'arrimer, pour ne pas chuter dans leurs tourmentes à sec. Les vieilles pelures fringuées de plaies trimbalent pour s'occuper un quadrupède qui les conchie. Tout est mort, tout pue la vermine. Les gosses ont des cernes de mitraillés indigènes, ils portent en bandoulière la connerie inerte de leurs géniteurs maudits. Tout s'enchaîne dans un ordre chronométré, sous une pluie de pastilles lavande pour enchâsser de force un pétillement dans chaque œillade. Ces crevures bringuebalent dans leurs baluchons délavés des diarrhées de démesure, ils sont encagoulés de rien, imperméables à tout sauf à l'ozone qui festoie dans leurs ventres gris.

Et moi alors ? Moi ? Moi... rien. Je regarde, je me terre, je réprouve, je crie pour moi, et je me garde au chaud mes misérables petites victoires azurées. Ils n'auront rien, je me garde pour moi seul. Personne ne m'aura. Comme un sultan de l'inutile même pas enturbanné, je vais crever dans leurs caniveaux en leur giclant au nez mes quatre vérités qui sont en fait dix-mille et qui me creusent la nuit quand je cherche à m'évanouir. Et qui ne servent à rien. Et qui ne servent qu'à occuper mon territoire, collaborant avec mon ennemi intime.

Cette pente vertigineuse, je la connais, c'est ma muse muselée. Elle n'est pas belle, c'est vrai. Mais qui peut sans rougir se vanter d'être beau, n'est-ce pas ? RIEN, NI PLUS PERSONNE ! J'en ai assez de me prendre en pleine face des siècles de bêtise épaisse, de haine triomphante, de compassion mordorée pour des élus empaillés de métal, d'enfilades de poings levés pour des récoltes de mégots russes, tout ce capharnaüm de folies profondes qui use, lime, cisaille le lien putride qui me propulse encore dans leurs parages. Toujours de trop. Décalque farci de vers qui s'annihile la conscience avec un acharnement de marteau-pilon.

Faites ce que vous voulez : cassez, brûlez, violez, pillez, tuez. Moi je m'en moque, je suis parti.

Le Malheur, cette massue gainée de sel à l'inertie poignante, me larde l'entre-tête sans relâche.

Le Rouge est mis, et c'est définitif.

Rien ne va plus...

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