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Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.

Aristocratie du Vide & Sciences Exactes de l'Echec

Publié le par Wilhelm Leonide Von Goldmund III Jr.
Être au Chevet de l'Hiver

J’ai manqué ma vie. Alors je suis revenu une seconde fois. Un peu plus longtemps, j’ai tenu deux minutes trente-six la tête dehors. Bon an, mal an, j’ai retenté l’expérience... mais vingt ans plus tard, cette fois-ci. J’ai aperçu deux trois trucs intéressants, mais pas de quoi fouetter même la crème des cochers, alors je me suis détruit après vingt ans de concubinage forcé avec une faux et une gamine pelée pendues à mon derche. Je peux dire de ma dernière vie que j’ai souvent été au chevet de l’hiver, comme on est au chevet d’un mourant encastré dans la maladie, les fièvres, les déboires, et autres délires para-pharmaco-médicamenteux. L’hiver est un grand malade. C’est lorsqu’ils auront tué l’hiver pour de bon que les temps s’inverseront, et ce sera la fin définitive.

En attendant, l’hiver et moi, complices, on se fait des croche-pattes et on attaque sec les pantins qui se croient investis d’un but. Le But ultime c’est de durer, tant nous sommes comme d’alcalines écorces vaquant au jardin des colonnes, qui, quand elles sont à la une, valent rarement le contour. Nous, on nous épluche, mais on repousse toujours là où il fait moite et obscur, pas d’allégorie vaseuse, tu me comprends très bien. Je vais me trier sur les volets de la Bretagne, et ne garder que les pépites, comme lorsque l’on garde les grains de riz contre les gencives en vomissant les dents serrées, au resto chinois de bas-étage.

J’aimerais être la lame qu’on dégaine, la lime qu’on déglingue, la gangue qu’on aligne, le samedi soir au souk des sentiments dans la torpeur fécale des boîtes de baise, là où les étrangers se retrouvent, par miracle, « amoureux », puis, très vite, « concubins ». Alliance valant le culot des billes de verre vissées dans les orbites crevées des borgnes. Ils sont issus d’une parade mortuaire, avec squelettes chargés à blanc dans le siphon des désespoirs de nuit, quand le crépuscule crache ses jetons et relance la tournée pour un dernier éberlué à foutre sur le carreau. Les parenthèses se dépichent dans les poches de cette espèce particulière des gars et des garces de la nuit, même et surtout si c’est un clébard customisé ou un lapin myxomatosé.

C’est mathématique : plus tu briques, plus ça reluit, c’est pourquoi il y a autant de franc-maçons. Mais va trouver un maçon franc ! En ces temps d’euthanasie pirate, la douleur gerce le magma montant, le cri de la Terre qui se déchire, et hurle la couche bleue qui s’étouffe sur des couettes salies de mazout. De nos jours, on met des couches aux bébés comme aux vieux, le but étant de rester le plus de temps possible dans le temps intermédiaire, le temps où sphincter et vessie sont réglés de main de maître ès-merde par Dieu, le tout puissant Seigneur de je ne sais plus très bien qui, au juste...

Ce soir, je vais sonder la gueuse, parvenir au miracle suprême de sembler réel dans l’immensité rêvée de ce jeu de fausses pistes qu’on nous apprend à respecter. Ad Vitam, je dis ouais. Heureux de ne jamais connaître les bagnoles volantes, je crois que j’ai fait mon temps, autrement dit une succession de saisons plus invalidantes les unes que les autres. J’avais le glaucome à flanc de culot, mais la besace de mon enfance adorée de blondinet des mares et des ravines ne saurait me réconcilier avec la suie de cette existence blafarde et lorgnant du côté du bas de l’étiquette. La science des supermarchés de nuit et ce fabuleux regard de complicité si « humaine » entre amateurs de bières belges, aux noms aussi gouleyants qu’imprononçables. Être alcoolophile m’aura appris à me méfier des commerçants, des chats-huants, des mains tendues, du bitume, et plus encore de tous ces endroits moites et sombres, oui, encore ceux-là ! Mais j’ai appris aussi que toute dépendance, toute attache en ce bas monde est vouée à la douleur, la destruction, puis à l’oubli. Or, je persifle et je signe : je durerai tant que la Dame aux ciseaux jugera bon de me garder une urne de côté.

Je sais que quelque part, il y a une petite à lunettes qui attend seule sur un banc que l’horizon rougeoie et que j’arrive pour nous perdre ensemble. Je la connais. Elle m’a appelé. Elle s’appelle Hyacinthe. Elle est belle comme les ombres portées des ballots de paille sur les champs fraîchement moissonnés, l’été, quand l’air vrombit de gazon et de coccinelles, et que la lune elle-même pointe son nez pour juger de l’auguste spectacle. L’homme sait créer du Beau. Je ne vis que pour Celui-là. Je suis arrivé à un stade où l’humain et le confidentiel le disputent à l’ennui. Et toujours s’abîmer dans le spectacle de la plus subtile des déités : Noût, la voûte céleste qui enrage chacun de nos regrets et remplit à ras-bord nos trombines de scories d’amours pelées. Je rêve éveillé le cauchemar de la nuit passée à démêler les différents niveaux de réalité, mais je ne sais où commence la maladie et où finit la raison. Je ne sais même pas si c’est moi qui écrit ou si c’est un clone plus ou moins réussi qui barbaquerait ma déveine dans une surenchère bêtasse. Il y a deux sortes d’hommes : ceux qui réussissent en se perdant de vue, et ceux qui perdent en gagnant la Vue.

Je trahis, mais c’est pour mieux sur-exister. Puis-je être blâmé pour cela ? Les étrennes furent minables, les dividendes bancals, les découverts oppressifs. Puni pour être encore là, en somme. Mûri d’injures, ponctionné à l’estomac par les chuchotis bancaires, je suis définitivement l’être qui ne passe pas. Il ne me reste plus qu’à souffler la bougie de mon antéversaire et à respirer les émois et la clope à la sortie des lycées, là je donne libre court à ma rage, et j’engrosse les farfadettes de mes œillades incisives. Combien ricanent sur mon passage, ce coup-ci ? Une douzaine ? J’aime à imaginer les conversations passionnantes qui doivent se tenir dans chaque enceinte de chaque cube de béton civilisé à renfort de coups de pieds. L’eau qui stagne est tranquille. Le hibou ne dort jamais. Dehors, il pleut du sang.

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